Argument 2017-03-07T11:15:34+00:00

Argument

6 axes de travail

  1. La construction de l’adolescence
  2.  Le temps des métamorphoses
  3. Filles et garçons, entre enfance et adolescence
  4.  Nouveaux éclats du corps
  5. Le savoir est un événement (quand ça vaut le coup, ça se rappe, ça se chante, ça se danse… Un challenge pour les savoirs institués : comment être à la hauteur de ça)
  6.  Symptômes dans la socialisation

 

Après l’enfancequ’y a t-il ? Ne nous précipitons pas à répondre : « l’adolescence ! » Car si nous essayons de définir ce qu’est l’adolescence, nous sommes bien embarrassés. Dans le texte d’orientation de cette journée, Jacques-Alain Miller l’énonce ainsi : « C’est une construction, un artifice signifiant »1.
Et pourtant, s’il y a un signifiant qui est symptôme de notre société aujourd’hui, c’est bien adolescent, on le retrouve associé à tout ce qui incarne le malaise dans notre civilisation : pornographie, addictions en tout genre – drogues, ordinateurs, jeux vidéo -, manque de respect, désintérêt de la chose publique, refus du savoir, attrait pour les discours extrêmes…

Après l’enfance, y a-t-il une frontière ou un littoral ? Un passage entre l’enfant et l’adulte que nous pourrions appeler « adolescence » ? L’expérience d’une analyse et la notion de développement n’ont jamais fait bon ménage. Bien sûr, il y eut un temps où les stades freudiens ont pu avoir cette fonction. On a voulu y associer Lacan, avec son apport du stade du miroir, mais très tôt il y opposera le concept de structure qui souligne les arêtes logiques et non chronologiques des zones de rupture. C’est ici que nous pouvons entendre toute l’actualité du terme de « métamorphose » avec lequel Freud aborde la puberté2, par la voie de la pulsion et la découverte du corps de l’Autre.

Après l’enfance, si les transformations du corps et leurs conséquences sont au premier plan, l’irruption du sexuel fait plutôt surgir le ratage et l’impossible rapport au corps de l’Autre. Car pour Lacan, « on ne jouit pas du corps de l’Autre. On ne jouit jamais que de son propre corps »3. Alors, à qui, à quoi, à partir de quels symptômes tente-t-on d’arrimer cette jouissance ? Comment se règlent les ballets nouveaux du sexe et du genre ? Quelles fictions inédites viennent s’y édifier ? Quelles façons de dire et de faire s’inventent entre filles et garçons ?

Après l’enfance, quels tours prennent l’image narcissique et la sublimation dans le fait que l’on se sente garçon ou fille ? Comment traite-t-on son corps après l’enfance ? À partir de quelles pratiques, quels en sont les appareillages, les inscriptions ?
Les objets de connections virtuelles pullulent, mais leur utilisation échappe parfois aux notices des fabricants. Après l’enfance, on ne répond plus au téléphone, on ne prend pas l’autre en photo avec son téléphone, la voix est reléguée, le regard fait retour sur le corps propre du sujet, on textote, on selfie : « vois comme je me vois ! ». Ces usages font-ils impasse ou solution ?

Après l’enfancele savoir n’est plus lié à l’autorité de l’Autre. Le respect, l’injustice/la justice deviennent alors des exigences non articulées à une règle commune repérable, après l’enfance ce sont comme des événements qui percutent le corps. Tous les praticiens qui travaillent avec des établissements scolaires ou de formations peuvent en témoigner. « Auparavant, le savoir […], il fallait l’extraire de l’Autre par les voies de la séduction, de l’obéissance ou de l’exigence, ce qui nécessitait d’en passer par une stratégie avec le désir de l’Autre »4Après l’enfance, il est dans la poche.

Après l’enfance, finie « la confusion des sentiments »5 ? Pas si sûr, quel sera l’objet de cette confusion et comment la traitera-t-on ? « Le grand Meaulnes »6 aujourd’hui serait considéré comme un fugueur, vers quelle Yvonne fuguerait-il ? Quels discours vont prendre le pouvoir après l’enfance, et vers quels destins, funestes ou grandioses, virtuels ou terriblement réels, vont-ils précipiter les sujets ? Quels sont les symptômes qui témoignent de cette confusion dans le rapport à l’Autre : inhibitions, phobies, passages à l’acte ?

La 4e Journée de l’Institut de l’Enfant ne manquera pas de nous enseigner sur ce demain qui est déjà là, après l’enfance.

Cet argument s’appuie sur le texte de Jacques-Alain Miller qui oriente la 4e journée de l’Institut de l’Enfant, « En direction de l’Adolescence », Interpréter l’enfant, Navarin éditeur, Paris 2015.

Laurent Dupont, directeur de la journée.

1 – Miller J.-A., « En direction de l’adolescence », Interpréter l’enfant, Navarin éditeur, Paris, 2015, p. 192.

2 – Freud S., « Les métamorphoses de la puberté », Trois essais sur la théorie sexuelle, Paris, Folio Essais, 2001.

3 – Miller J.-A., « En direction de l’adolescence », op. cit., p. 202.

4 – Ibid., p. 197.

5 – Cf. Zweig S., La confusion des sentiments, Le livre de poche, 2008.

6 – Fournier A., Le Grand Meaulnes.