Par | 2017-03-07T11:16:05+00:00 11 juin 2016|Constructions|

La construction d’Ella

Saisissants sont les effets de la rencontre avec un psychanalyste pour Ella, adolescente de 16 ans ! Elle s’empare rapidement de la proposition des séances, qui lui font aussi un abri et elle élabore, elle invente, elle construit !

Ella est une adolescente de 16 ans. À la demande de ses parents, très inquiets, elle consulte pour se plaindre de mauvais traitements répétés, de la part de ses camarades, au collège et au lycée.

Ella m’apprendra que ses camarades sont d’une origine sociale plus aisée qu’elle et que leurs parents sont beaucoup moins exigeants que les siens, qui sont « d’une autre époque, très rigoureux et très stricts », dit-elle. Chaque fois, à défaut d’obtenir l’aide attendue, la solution sera un changement d’établissement scolaire.

Ella se présente plus excédée qu’angoissée.

Devant ce tableau à la limite de la persécution, et une fois l’assurance donnée par moi de la mettre à l’abri, sur la demande expresse de la mère, je suis surpris de la mise au travail, dans ses séances, de cette adolescente, une fois le danger extérieur éloigné, nous décidons de travailler ferme deux fois par semaine.

Je suis surpris lorsqu’Ella met directement en relation avec ses difficultés relationnelles actuelles, les éléments suivants de son enfance :

In utero elle a présenté un problème de compatibilité avec l’organisme maternel qui nécessite un traitement injectable afin de prolonger la grossesse et retarder la naissance. À deux jours, elle subit une première intervention chirurgicale, puis à trois mois une seconde et enfin traverse un épisode de déshydratation aigüe qui va augmenter la durée du séjour en milieu hospitalier.

De ses débuts compliqués dans la vie elle va conserver des relations difficiles avec sa mère pourtant aimée. Elle dira que cette expérience aura été profitable à sa sœur de deux ans sa cadette. Elle met en lien cette difficulté dans la vie avec l’épisode de son rejet du collège et ensuite des mauvais traitements infligés par ses camarades de lycée.

Je n’en saurai pas davantage lors de la première évocation, qui ne préjuge pas de la suite. La mère est toujours inquiète, le père également.

Je suis saisi par la décision chez cette adolescente intelligente qui dit avoir trouvé l’attention requise. Saisi par son aptitude à construire son cas et cela en très peu de temps.

Au fur et à mesure qu’elle parle, Ella découvre ce qui lui était arrivé dont elle ne savait rien. Avec enthousiasme, elle se promet de consulter le carnet de santé et d’interroger ses parents, ce qui comble certaines lacunes en même temps que de nouvelles interrogations se posent. Ainsi la découverte, au sixième mois de grossesse, d’une suspicion de maladie génétique sidère les parents. Ce diagnostic ne sera pas confirmé par un second caryotype. Il interroge Ella sur le désir de sa mère.

Le problème de compatibilité avec l’organisme maternel, au huitième mois de grossesse, est précisé dans le carnet de santé : les médecins ont découvert un kyste de l’ovaire gauche du fœtus qui va entraîner de graves conséquences pour le fœtus et la mère.

Au troisième jour après la naissance l’enfant est opéré pour l’ablation de l’ovaire gauche. À trois mois, Ella présente une méningite compliquée d’une septicémie et qui se prolonge par une déshydratation aigüe gravissime, secondaire à une infection contractée dans le service de la maternité. Elle restera hospitalisée une bonne partie de sa première année.

En même temps, elle mesure combien elle n’a pas été aidée par les adultes, ses parents d’abord, les médecins ensuite qui n’ont jamais expliqué ce qui se passait mais simplement « ont fait leur boulot » en assurant la surveillance et en faisant pratiquer les différents examens biologiques et autres explorations durant toute son enfance.

Elle dit simplement qu’elle n’a pas eu de place dans le désir de sa mère.

Parallèlement à ses séances, la jeune fille continue ses leçons de conduite et me le fait savoir.

Si les autres ont été défaillants, Ella a découvert qu’elle pouvait « se reprendre elle-même » et manifestement pas sans une certaine satisfaction. Les effets sont saisissants. L’apaisement est manifeste. Le tableau a changé du tout au tout. Ella poursuit l’historisation de son passé.

L’adolescence, pour n’être pas réduite à une notion strictement de psychophysiologique doit faire l’objet d’une construction, c’est-à-dire par l’opération du signifiant, introduire les dimensions de signification (S1-S2) et de satisfaction (S1), selon les deux statuts du signifiant qui a des effets de signification ou de jouissance via le corps.

L’adolescence est ainsi ce vers quoi vont cheminer ces deux vecteurs : identification et jouissance.

Par | 2017-03-07T11:16:05+00:00 11 juin 2016|Constructions|