“Traverser l’impuissance à laquelle se confrontent les métiers de l’éducation, pour accéder à … l’impossible, c’est aussi le délicat soutien à quoi se prête ParADOxes”.

L’analyse des pratiques auprès d’une équipe d’éducateurs me semble avoir essentiellement pour objectif de soutenir le désir des professionnels.

J’interviens dans le cadre de ParADOxes au sein d’un foyer d’accueil pour adolescents de 13 à 18 ans pour lesquels sont exercées des mesures éducatives. Les facteurs à l’origine du placement relèvent de maltraitances graves, violences, abandon et autres situations pathologiques qui nécessitent une rupture partielle ou totale avec la famille.

Les jeunes qui arrivent au foyer se retrouvent en collectivité dans un cadre régi par des règles de vie commune et accompagnés par les éducateurs dans les projets mis en place pour un temps limité. Ces jeunes souvent « écorchés », envahis par des mouvements pulsionnels, sont dans un rapport à l’autre explosif : provocations verbales ou physiques, colère, impulsivité, expression d’amour et de haine. À cela s’ajoutent les conduites à risques telles que fugues, errance, vol, tentatives de suicide, dans des mouvements de jouissance qui mènent au pire.

Les éducateurs se sentent « attaqués » dans leurs fonctions et régulièrement mis en échec. Ils naviguent sans cesse entre une nécessaire tolérance et l’exigence de faire limite à une jouissance qui déborde. Dans une négociation permanente, ils sont convoqués à exercer un métier « impossible mais indispensable ».

La pression des institutions, familles, professionnels, lois, règlements, celle du temps limité de la mesure, les idéaux, les conduisent parfois à un sentiment d’impuissance qui n’est pas sans effets sur la dynamique de travail.

Comment une lecture éclairée par la psychanalyse d’orientation lacanienne pourra venir apaiser et relancer le désir ?

Il s’agira de décliner les impératifs de l’Autre, « réussir à l’école » ou « avoir un projet professionnel », desserrer les idéaux de l’éducatif et de la pédagogie pour tenter d’opérer un déplacement dans le dire et la position du sujet (l’éducateur d’abord puis, par ricochet, les adolescents).

Pouvoir se décoller d’une logique du sens pour accéder à la singularité du cas nécessite d’accueillir, au-delà du pour tous de l’institution, « comme on accueille l’objet, l’être indicible, être qui se trimbale ».

[1]

Faire de l’impasse un outil de travail et renverser la logique habituelle. Ainsi, à la question « que faire avec ce jeune ? », répondre par une autre : « quel usage fait-il de l’institution ? »[2]

Ainsi les demandes de solutions peuvent se déplacer vers le questionnement et la réflexion permettant de passer de l’impuissance à l’impossible.


[1] Lacadée P., « L’objet indicible », texte d’intervention non paru.
[2] Zenoni A., « De la supervision comme réunion clinique », intervention lors du congrès PIPOL 6, Bruxelles, juillet 2013.