Comment entendre l’essor d’une nouvelle catégorie dans le discours du maître et au-delà, que recèle ce signifiant ?

Ce nouveau terme de l’ONPE

[1] a succédé, il y a une dizaine d’années à celui « d’incasables ». Il tente de nommer certaines pratiques professionnelles du champ de la protection de l’enfance, certains propos qui montrent combien il est difficile pour les professionnels, pour les institutions de soutenir ces adolescents qui ne sont pas conformes aux représentations mentales et sociales projetées à leur encontre.

Fragilisés par des histoires de vie complexes, ces adolescents sont au carrefour de l’éducatif, du judiciaire et de la santé mentale. Ils se retrouvent dans des situations de désaffiliation sur le plan scolaire, affectif, familial, social et relationnel. Ils se retrouvent souvent face à des solutions ou des réponses institutionnelles insécurisantes, déboussolantes qui posent des problèmes et aboutissent de manière récurrente à des ruptures répétitives des lieux d’accompagnement et des liens éducatifs ou de soins.

Notre éclairage de sociologue sur ces adolescents dits « à risque » montre qu’ils sont « aux frontières », peut-être transfuges, tant ils dérangent les disciplines professionnelles qui tentent de les cerner alors qu’ils sont concernés par d’autres dimensions au sein de leur existence. Ces adolescents mutants sont en quête de reliance, de forte reconnaissance. Les institutions éducatives et judiciaires qui les accueillent ont à trouver des bords suffisamment contenants[2] pour délimiter leurs excès de jouissance. Les orienter vers de nouvelles structures de contention est une réponse trop rigide et participe aux déplacements chaotiques de ces jeunes.

Notre proposition soutient l’idée d’un assouplissement, d’un ajustement, de rester attentif à des attitudes rassurantes et suffisamment sécurisantes pour éviter et prévenir – à défaut d’actes éducatifs, judiciaires et thérapeutiques – de vains et inutiles passages à l’acte. Cela suppose que les praticiens eux-mêmes et les institutions qui les abritent soient suffisamment protecteurs, durables et sereins pour passer d’une logique du réagir et de l’agir à celle d’une pensée instituée au service des actions visées. Nous devons également « contraindre le politique à prendre soin de la folie parce que le déni du sujet, la dévaluation de la parole, sont des éléments de définition de la jouissance, et la jouissance, c’est la mort »[3].

Or, le pari du champ de la protection de ces adolescents est de soutenir dans les missions institutionnelles, les relations individuelles et les engagements singuliers, de permettre à chaque être singulier de rester articulé à la pluralité des autres.

 


[1] Organisme national de protection de l’enfance.
[2] Benhaïm M., Les passions vides, chutes et dérives adolescentes contemporaines, Toulouse, Erès, 2016.
[3] [3] Ibid, p.105.