« ParADOxes est une invention de l’« éducation freudienne ». Elle mise sur le bricolage, sur le pari de la conversation avec une jeunesse qui ne s’en laisse pas conter, qui refuse de se laisser compter »

La psychanalyse fait-elle encore symptôme pour notre civilisation contemporaine ? Et le symptôme se montre-t-il encore dérangeant dans notre société post-moderne ? Avons-nous gardé le tranchant subversif de cette « épidémie scientifique » qu’est l’orientation lacanienne ? Les manifestations/inventions de l’éducation freudienne (CIEN, CPCT, « parADOxes », Forums, FIPA, etc.) nous poussent à répondre oui. Les plans sur l’autisme, comme les derniers projets de lois belges, manifestent du symptôme que représente encore la psychanalyse. Mais le monde poursuit sa course, sans égard pour ce qui reste de sujet au-delà des citoyens auxquels on prétend redonner la parole : démocratie participative, blog, facebook, point d’écoutes, etc. « Droit dans ses bottes » devient le diktat républicain d’un Autre sans merci. L’État demeure sourd à la clameur des multiples et au silence de l’intime. De quelle oreille écoute-t-on, de quel œil voit-on ? Nul ne subsiste sans twitter ou autres réseaux sociaux ; c’est la communauté des frères sous le joug du Un consommateur. Le mal est-il là où les puissants pensent se récupérer en blablatant ? La jeunesse nous enseigne à ce niveau, peut-être au risque de se perdre, disent certains…

Souvent, les adolescents ne savent pas ce qu’ils veulent, mais s’ils ne le savent pas, l’Autre le sait à leur place. Et c’est à ce point névralgique que la position, le discours de l’analyste prend tout son sens : pas de savoir préétabli pour le bien du sujet. Le pari clinique est conséquent dans nos institutions alpha, selon l’expression de J.-A. Miller, et le risque politique à la hauteur de notre tâche. L’analyste tente d’y surprendre, de rendre inédite la rencontre, incarnant l’oxymore du « hâtons-nous lentement ». « ParADOxes », c’est une limite temporelle (16 séances) qui rassure, un accueil sans attente qui permet au sujet de poser une parole qui l’étonne à son tour.

Donc, nous tentons de miser davantage sur le bricolage, sur l’arrangement plutôt que sur le déchiffrage infini du symptôme et/ou sur la construction du fantasme. C’est bon heur que de parvenir à un point de nomination – même transitoire – de jouissance ou à ce qu’un(e) ado puisse s’autoriser un acte, une parole. Le pari consiste parfois à opérer un forçage – bousculer les défenses – qui puisse faire retentir autre chose que le sens. Se séparer n’est pas chose facile, mais cela relève de la structure psychique. « Après l’enfance » pose un horizon sur la base de deux improbabilités : enfance et adolescence. Deux signifiants contemporains qui ne riment à rien mais qui invitent à la conversation, aux dialogues et à la réflexion. Pourrait-on dire qu’il n’y a de clinique que du faire ; du fer de la clinique déclinée dans son interdisciplinarité ?

Ne s’agit-il pas, enfin, de lier le reste de l’opération – quelle qu’elle soit : éducative, judiciaire, psychanalytique, etc. – à un autre mode de satisfaction ; ce qui revient, ni plus ni moins, à faire en sorte que le symptôme devienne vivable, moins ruineux, à défaut de le faire disparaître comme le voudraient les TCC. Méconnaître le symptôme serait le meilleur moyen pour qu’il revienne par la fenêtre. Nous en avons de cruelles expressions ces derniers temps.