Par | 2017-03-07T11:15:42+00:00 18 février 2017|Les amis de l'Institut de l'Enfant|

La maternité à la sortie de l’enfance.

Quand l’énigme du sexe et de l’existence convoque le sujet, sa réponse ne prend pas forcement la forme d’une revendication ou d’une crise.

Il arrive que, pour certains sujets, l’énigme de la question du sexe et de l’existence les précipitent vers une rupture radicale, mettant en échec tous les systèmes de valeurs, les idéaux recommandables, les semblants nécessaires au lien social. Il arrive que cela se produise juste à la sortie de l’enfance, mettant à nu que ni la fiction ni le fantasme, ne pourront être d’un grand secours, dans ce qui se présente comme une précarité symbolique, ce que Aichorn appelait en son temps « un trou de sens »

[1].

Il y a, pour certains, quelque chose de périlleux que d’entrer dans cette dimension « sans garantie et sans savoir préalable » qu’est l’adolescence, et ce qui en surgit n’a plus rien à voir avec une revendication, une contestation, ou une crise d’identité. Dora tombe enceinte à 14 ans et demi dans un climat familial très conflictuel, la situation impose l’intervention des services sociaux, le placement en foyer. Marie tombe enceinte à 16 ans et demi, elle sort de centre éducatif renforcé, a fait de multiples fugues et commis des actes délinquants. Rosalie, 16 ans revient enceinte après 4 mois de fugues à 500 km de son domicile familial, tous les placements s’étaient soldés par des déchaînements de violence. Béatrice, après plusieurs fugues, petits larcins, divers placements, familles d’accueil puis foyers d’hébergement, tombe enceinte à 15 ans et demi. Fugues, violences, délinquance, errance, composent le tableau d’entrée des jeunes mineures accueillies dans ce lieu de la protection de l’enfance appelé centre maternel.

Ce n’est pas sans inquiétude et perplexité que ces jeunes femmes sont accueillies alors qu’un enfant est né ou va bientôt naître. Si auparavant toutes les mesures de placement tentées par le social avaient échouées, il s’avère que celle prononcée pour entrer au centre maternel, pour ces jeunes mères et leur enfant, fait un point d’arrêt à leurs débordements pulsionnels et passages à l’acte répétés. L’apaisement est quasi immédiat, la jouissance réfrénée.

À chaque rencontre la même surprise : aucune plainte énoncée, aucune question de ces jeunes filles sur ce qui leur arrive. La grossesse n’est pas une question, mais se présente comme une réponse. La maternité est une sortie de l’enfance, le « devenir mère » se profile comme un manteau d’identité venant habiller l’être resté en suspens.

En plaçant ces jeunes filles au centre maternel, l’action sociale leur offre une possibilité de prendre place dans le discours : « maintenant que je suis mère, je suis une fille droite », disait Marie ; ou encore Rosalie : « maintenant que je suis mère, je ne peux plus faire n’importe quoi  ». Une ligne de conduite est trouvée, un voile est posé, l’illimité du féminin tend à être bordé. Elles peuvent maintenant négocier une position plus compatible avec le lien social. Elles entrent dans l’âge adulte. Sans avoir tout-à-fait trouvé « le lieu et la formule »[2], un point d’où se voir a pu se constituer. Elles font de ce qui, au départ, apparaît comme un accident, un destin de désir.

 


[1] Aichorn A., Jeunes en souffrance, Psychanalyse et éducation spécialisée, Champ social, 2005.
[2] Lacadée P., L’éveil et l’exil, Cécile Defaut, 2007.
Par | 2017-03-07T11:15:42+00:00 18 février 2017|Les amis de l'Institut de l'Enfant|