Quand un service d’urgence pédopsychiatrique s’interroge sur l’urgence des demandes adolescentes, elle en dévoile les paradoxes.

« L’adolescent est pressé, il veut tout obtenir vite, comme un enfant capricieux qu’il est encore.
Il est impulsif, ne supporte pas d’attendre, de remettre à plus tard.
Il est dérouté devant l’inertie des adultes, des institutions, il veut tout bousculer.
 »
Hélène Deltombe, Les enjeux de l’adolescence

Oui, l’adolescent est pressé. Au service des urgences pédopsychiatriques, les psychiatres et psychologues répondent aux appels des parents, enseignants, éducateurs, pédiatres ou adolescents et proposent un entretien, le jour même, sans délai d’attente. Chaque jour, ce dispositif accueille des jeunes angoissés, agités, violents, impulsifs, mais aussi perplexes, découragés et tristes.

Certains d’entre eux veulent se suicider « aujourd’hui », se scarifient depuis « longtemps », veulent que leur souffrance cesse « tout de suite ». D’autres ne veulent plus retourner dans leur famille ou leur foyer, « plus jamais », ils en ont marre de « tout », « de la vie », « des autres ». Mais, pour la plupart, ils en ont surtout marre « de parler à des psys », puisque « ça ne sert à rien ». Comment se fait-il alors que très rares sont les fois où l’adolescent refuse de rencontrer ce nouvel interlocuteur qui lui est proposé ? Comment se fait-il qu’il soit même plutôt très décidé à parler ? Est-ce la solidité supposée de l’urgentiste qui permet qu’une parole se déploie ? Ou alors est-ce peut-être la dimension unique (« one shot ») de la rencontre ? À quoi ce dispositif répond-il ?

L’adolescent vient en urgence, mais il attend souvent longtemps dans la salle d’attente. Une nouvelle temporalité s’impose alors à lui, mais il semble l’accepter. Le jeune a affaire à un Autre qui certes se fait attendre, mais qui l’attend. En outre, il doit toujours être accompagné au moins d’un parent ou du détenteur de l’autorité parentale. Ainsi, cette exigence d’accompagnement, par elle seule, réinscrit déjà le jeune dans un discours et refonde peut-être déjà, à minima, un lien à l’Autre.

Avec ce dispositif d’urgence, l’adolescent a désormais une place et l’assurance d’être écouté. Comme le dit Freud, émerge alors « une attente croyante

[1] ». Le réel de la crise auquel le jeune est confronté pourra trouver à se dire, voir à se symboliser. Quelque chose de son affolement psychique sera peut-être enfin entendu, arrimé quelque part, pris au sérieux.

En somme, ce dispositif d’urgence répond peut-être tout simplement au tempo adolescent, pressé par la pulsion, mais pas sans parole, ni écoute.


[1] Freud S. « Traitement psychique », in Résultats, idées, problèmes, PUF, p.9.