Par | 2017-03-07T11:15:41+00:00 18 février 2017|Les amis de l'Institut de l'Enfant|

Nouvelle figure de l’école : centre de diagnostics en santé mentale ?

La modernité laisse apparaître une fuite en avant où normal et pathologique ne cessent de croître, laissant souvent à la singularité dérangeante le choix entre la solitude ou des lieux en voie d’extinction.

HP (Haut Potentiel), TDAH (Trouble Déficit de l’Attention avec ou sans Hyperactivité), Phobie scolaire, Dyslexie, Dysorthographie, Dyscalculie, Dyspraxie, Dysphasie. Les diagnostics prolifèrent, encadrant toutes les difficultés des enfants à l’école ; le DSM 5 (Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders) est devenu le livre de chevet de l’Éducation Nationale. Cette nécessité de diagnostic serait-elle la nouvelle réponse de l’école face au malaise ?

Les enseignants référents, qui assurent le lien avec la Maison Départementale des Personnes Handicapées (MDPH) sont surchargés. Le nombre de dossiers ne cesse de croître, les auxiliaires de vie scolaire se multiplient et les MDPH peinent à s’organiser. Même le redoublement d’une classe est devenu affaire d’handicap. Ainsi, toute difficulté scolaire est un trouble à compenser et fait l’objet d’un dossier, une aide spécifique, un protocole d’apprentissage et même un médicament, nous chuchote-t-on parfois. La psychiatrie est convoquée. Des centres de références pour chaque trouble se créent, ainsi que des réseaux privés spécialisés, financés en partie par la MDPH et la CPAM, qui se multiplient. Le risque est que ce discours du « tous malades » – discours soutenu par le DSM – s’adosse au discours capitaliste et fasse que chaque trouble ouvre un marché de traitements, de programmes éducatifs et rééducatifs, – marchés qui se doivent de toujours prospérer.

Pourtant, de nombreux élèves n’arrivent plus à se loger à l’école. Le décrochage scolaire au collège est devenu courant et commence parfois dès l’école primaire.

Le rapport des élèves au lieu du savoir, si différent au XXIème siècle, pèse sans doute dans cet impossible. Le savoir, grâce aux objets connectés, est devenu accessible sans en passer par un autre et peut donner l’illusion, comme me disait un jeune, « d’un truc tout prêt ». Mais, nous pouvons nous demander si l’école, regardant à la loupe chaque élève en difficulté et casant chacun d’eux dans un diagnostic, ne provoque pas leur exclusion.

Le déni de leur singularité fait retour dans des passages à l’acte : les jeunes s’excluent ou se font exclure de l’école mais aussi des programmes éducatifs et rééducatifs. La psychiatrie « de secteur » est alors sollicitée en urgence ; il faut trouver comment accueillir un par un chaque jeune avec sa souffrance. Le Centre Médico Psychologique où je travaille en tant que psychiatre est de plus en plus sollicité pour des adolescents qui décrochent de l’école. Certains y retourneront dans l’année, d’autres mettront du temps pour trouver une modalité d’insertion sociale qui puisse les soutenir. Quelques-uns, de plus en plus nombreux, disent qu’ils feront « sans le collège », avec le désir de poursuivre les apprentissages sans être confrontés aux autres, adultes et adolescents. Il est donc nécessaire de défendre des lieux qui peuvent accueillir les dires singuliers des adolescents hors norme, hors école, les accueillir le temps nécessaire de leur désinsertion pour qu’ils puissent trouver de nouveaux points d’appui.

Par | 2017-03-07T11:15:41+00:00 18 février 2017|Les amis de l'Institut de l'Enfant|