Béatrice, l’héroïne de Divergente le roman de V. Roth, cache un secret lourd de conséquences pour elle et les autres. De quoi ce secret est-il le résultat ?

Quoi de neuf dans les lectures des teenagers d’aujourd’hui ?* Les succès littéraires d’Hunger Games, Á la croisée des mondes et de bien d’autres romans témoignent d’un intérêt des adolescents pour le fantastique où les héros sont souvent confrontés à une rupture radicale qui vient bouleverser leur existence. Ils auront à traverser des épreuves pour trouver leur propre solution dans un autre monde où tout est à construire. N’est-ce pas ce qui se produit au moment de la puberté avec le réveil de la libido, le charivari de la pulsion ?

Prenons l’exemple de Divergente de Veronica Roth. Dans la région de Chicago, le reste du monde ayant été détruit, cinq factions déterminées par un trait dominant de leur personnalité – érudit, fraternel, sincère, altruiste et audacieux – vivent séparément dans un quartier de la ville qui leur est dédié. Jusqu’à leurs 16 ans, seuls les enfants se côtoient en fréquentant la même école. Ils ont ensuite à choisir leur faction. La plupart restent dans celle où ils ont grandi. L’avenir paraît donc tout tracé. Beatrice Prior et son frère Caleb, altruistes, sont arrivés à ce moment du choix à faire et qui sera sans retour une fois effectué. Béatrice a peur de découvrir qu’elle est différente de ce qu’elle croit être. N’est-ce pas une manière d’être autre à soi-même qui caractériserait ce moment adolescent

[1] ?

Quant à Caleb, il fait confiance aux tests d’aptitude qui lui diraient ce qu’il est. C’est l’Autre qui sait et il s’en remet sagement à ce dernier. Modernité oblige, le recours à la science est aussi convoqué. Chaque jeune boit une substance au moment où il va passer son test. Curieux sérum qui entraîne Béatrice à voir son image dédoublée dans le miroir, ce qui n’est pas sans faire penser à l’étrangeté du réel auquel chaque jeune a affaire à la puberté.

Au moment de la poussée et de la maturation de l’objet a, l’adolescent peut éprouver des affects du registre dissociatif pouvant aller jusqu’à la dépersonnalisation ou bien des vacillations quant à son image[2]. Pour Béatrice, ce moment se fait avec angoisse. Le test qu’elle passe n’est pas probant et l’adolescente est alors classée « divergente », ce qui est très dangereux dans cette société où un chiffrage permet d’entrer dans une case qui détermine la façon dont chaque faction jouit.

Lors de la cérémonie du choix, elle cache qu’elle est divergente et prétend être « audacieuse », soit la faction qui protège les habitants d’une éventuelle menace du monde extérieur. Elle quitte alors ses parents et son frère pour découvrir un monde inconnu. Avec sa nouvelle nomination, Trice, elle s’entraîne pour des combats qui vont la transformer L’imaginaire exacerbé par l’effet du sérum ne permet-il pas à cette adolescente de se séparer des figures de l’enfance et de trouver d’autres repères symboliques à travers des fictions ?

*Ce texte est issu d’un cartel composé de Frédérique Bouvet, Hélène Combe, Itxaso Muro Usobiaga et Agnès Vigué-Camus (plus-un) sur les fictions des adolescents aujourd’hui


[1] Zuliani É., « La vie rêvée des adolescents », conférence à Rennes, octobre 2016, inédit.
[2] Trobas G., « La crise précoce », Horizon, n°60, 2015, p. 105.