Par | 2017-03-07T11:16:00+00:00 27 octobre 2016|Métamorphoses|

Où tu mets ta morphose ?

L’art sert ici de motif à l’escapade pour attraper ce qui échappe, construire à partir des mots anciens une parure nouvelle.

Après l’enfance, où tu mets ta morphose ?
Tu as grandi rapidement, tu as pris quelques tailles de pull, de pantalon, de robe, de chaussures.
Tu ne sens pas aussi bon que l’enfant que tu étais. Tu ne te sens pas aussi bon que l’enfant que tu étais.
Des nouveaux éléments de corps sont apparus et tu n’es pas tout à fait sûr(e) qu’ils t’appartiennent. D’autant plus que ce sont les autres qui, par leurs remarques pas très malines, leurs regards un peu lourds, donnent consistance à ces trucs-en-plus (en peluce ? en peluche ?) : dois-tu t’en débarrasser comme des pelures ou doivent-ils te servir pour rester la peluche de l’autre ?
Des humeurs nouvelles, et secrètes, s’écoulent de ce corps à leur gré, et te surprennent. On trouve ton humeur changeante, massacrante, épouvantable, insupportable. Ils ont raison : c’est vraiment le cas ! C’est là : qu’en dire ?
Ils disent que tu es entré dans le concept (bienvenue !), mais que la myélinisation des neurones des lobes antérieurs de ta petite cervelle est moins rapide que celle des lobes postérieurs, surtout si tu es un garçon.
Ne t’inquiète pas : c’est à cause de cela que tu aimes le risque, que tu manques un peu de self-control… Ça te passera. Attends un peu et tu n’auras plus des envies de sauter en parachute sans parachute, de te faire tabasser par des CRS dans une ZAD, et de désobéir à ta mère …

Oui, dit-il, je suis bien d’accord, Madame et Monsieur, mais en attendant, où puis-je mettre ma morphose ? Je serai un loup-garou ce soir – gare à vous –, ou peut-être un lycanthrope en trop dans le lit, ou une goule goulue, ou une fée fêtarde et fêlée, ou une sorcière dans la souricière. Que pourrez-vous faire pour moi ce soir, Madame ou Monsieur ?

Miaou ! dit le chien. Ouah ! Ouah ! dit le chat.
Ensemble ils répondirent : « Retrouvent tes mots d’enfant, ceux qui t’ont servi pour entrer dans notre langue, ceux avec lesquels tu savais jouer. Ils peuvent te servir de nouveau pour savoir-y faire avec ta nouvelle forme, avec tes nouvelles formes. »
Ils ajoutèrent : « Regarde bien, écoute bien. Tu apercevras que ta métamorphose était une anamorphose ».

Qu’avez-vous dit, bêtes ? Serai-je l’âne-à-morphose ou la nana-morphose ? Parlez plus clairement, svp !

Un grand silence se fit, d’environ une demi-heure.

Digression à partir d’une série de peinture de Barcelo intitulée « Monstres dans la ville » (1982) et présentée sous le cartel Métamorphoses (Bibliothèque Nationale, Paris, juin 2016)

Par | 2017-03-07T11:16:00+00:00 27 octobre 2016|Métamorphoses|