Par | 2017-03-07T11:16:02+00:00 11 septembre 2016|Métamorphoses|

Petite fille deviendra grande …

Lorsqu’elle quitte les rivages de l’enfance, la petite fille freudienne si vive, si précoce se retrouve sur un chemin semé d’embûches…

L’enfant freudien énonce avec sérieux son savoir sur la vie comme la petite fille de quatre ans qui épate sa mère par ses déclarations sur la naissance prévisible d’un enfant pour sa tante.

[1] À l’insistante question de sa mère, « Mais comment peux-tu le savoir ? », elle répond : « Oh, je sais encore beaucoup de choses, je sais aussi que les arbres poussent dans la terre (in the ground). » Freud en déduit la grande précocité des enfants à savoir se servir des symboles.

Mais lorsque qu’il quitte les rivages de l’enfance quelque chose perturbe de façon bouleversante le rapport symbolique au savoir. Il lui faut quitter les idéaux qui ont constitué son savoir. Dans le troisième chapitre des Trois essais sur la théorie sexuelle, Freud détaille « les métamorphose de la puberté »[2] . Tout ce qui dans l’enfance a fixé l’investissement libidinal se retrouve à l’adolescence. Le caractère qualitatif de la libido, distinct de toutes les autres énergies psychiques, se constitue dans l’investissement d’objets sexuels. « La fixation incestueuse de sa libido »[3] provient directement de l’attachement à l’investissement infantile : « …l’amour apparemment non sexuel pour les parents et l’amour sexuel s’alimentent aux mêmes sources… »[4]. Cette version incestueuse source des fantasmes des adolescents est mise à l’épreuve après la puberté. La petite fille freudienne de quatre ans qui savait si bien prédire l’avenir de sa tante accomplira à l’adolescence ce que Freud appelle « une des réalisations psychiques les plus importantes mais aussi les plus douloureuses de la période pubertaire : l’affranchissement de l’autorité parentale, grâce auquel est créée l’opposition entre la nouvelle et l’ancienne génération, si importante pour le progrès culturel. »[5]. Car il s’agit de « ne pas manquer le sexe opposé » et cela ne se fait pas sans « tâtonnement ». Freud relève combien pour une fille ce passage reste souvent encombré de ces fixations incestueuses. « Il s’agit pour la plupart de filles, qui, à la joie de leurs parents, persistent bien au-delà de la puberté dans un amour filial absolu… »[6], et ce n’est pas sans conséquences sur leurs vie de femme.

Ce passage traitant de la libido chez des jeunes filles est une perle de la clinique freudienne. La tendresse devient le masque d’un idéal d’amour asexuel et dissimule « leur penchant infantile, ravivé à la puberté, pour leurs parents ou leurs frères et sœurs. »[7] La psychanalyse en explore les différentes variétés névrotiques et Freud insiste sur les façons dont l’angoisse névrotique naît de la libido[8] et est particulièrement aiguë lorsque les transformations de l’adolescence se bloquent.


[1] Freud S., « Associations d’idées d’une enfant de quatre ans » [1920] in Résultats, idées, problèmes I, Paris, PUF, 1984, p. 259.
[2] Freud S., Trois essais sur la théorie sexuelle, [1905], Paris, Gallimard, 1987, pp. 141-175.
[3] Ibid., p. 171.
[4] Ibid.
[5] Ibid.
[6] Ibid.
[7] Ibid., p. 172.
[8] Ibid., p. 167 et note p. 168.
Par | 2017-03-07T11:16:02+00:00 11 septembre 2016|Métamorphoses|