Par | 2017-03-07T11:15:49+00:00 8 janvier 2017|Métamorphoses|

« Puberté »

« Une toute jeune fille nue nous regarde. Et dans son regard, dans sa posture, se dévoile ce que peut être le déchirement de ce temps particulier qu’est la puberté ».

Puberté est un tableau d’Edvard Munch, visible à Oslo. Assise sur le bord d’un petit lit dans un coin exigu d’une petite chambre, cette toute jeune fille regarde le peintre, nous regarde. Ce face à face en équilibre instable est troublant.

Peint en 1893, il est considéré comme le premier d’une série nommée « Éveil de l’amour ». Il y a la nudité et il y a la posture qui sait quelque chose du regard porté sur elle. Ce tableau m’évoque ce temps particulier d’après l’enfance qui n’est pas encore le temps de la tempête de l’adolescence. Ce moment si sensible chez les filles où se côtoient dans leur chambre les jouets de l’enfance et déjà d’autres horizons pas encore investis avec passion, parce que peut-être il y manque la passion du corps. Cette période qui n’est déjà plus la période de latence, voit le corps s’allonger sans prendre tout-à-fait les formes féminines, des formes à peine dessinées, déjà craintes.

Dans le tableau de Munch,cette crainte, je la vois représentée par l’ombre portée sur le mur. Elle est trop imposante, massive comme un négatif de l’image frêle éclairée par une lumière invisible dans le tableau. Cette ombre met en mouvement la longue chevelure de l’enfant alors que de face rien ne bouge, tout est dans un suspend précaire. Elle est comme un reflet de l’angoisse subjective que la posture contrainte du corps laisse apercevoir. Le tableau est lui-même étriqué sur l’axe figé du bout de pied au regard grand ouvert. Le corps n’appartient presque plus à l’enfance et il y a l’énigme de la féminité dans cette ombre à laquelle se confronte chaque jeune fille. Entre exhibition et inhibition chacune cherchera comment l’incarner.

Par | 2017-03-07T11:15:49+00:00 8 janvier 2017|Métamorphoses|