Et dans l’hémisphère sud, après l’enfance ? Notre reporter nous en offre ici un aperçu à l’occasion du dernier congrès de l’AMP. Le « corps parlant » vient faire résonner la rubrique « métamorphose » pour sa première livraison.

Ce moment de la vie, nommé puberté, où l’enfant entre dans un temps nouveau de la sexualité accompagné de ses bouleversements du corps et où s’actualisent certains de ses choix infantiles et s’ébauchent les traits d’une « grande personne » en devenir, Freud l’a indexé du terme de « métamorphoses », qui fait résonner à la fois le nouveau à venir et l’entrée en jeu d’un irréductible.

En avril dernier à Rio, a eu lieu le Xe Congrès de l’Association Mondiale de Psychanalyse sous le titre, « Le corps parlant – L’inconscient au XXIe siècle ». Rio, cette ville du Nouveau monde, gagnée sur la nature sauvage, où l’adolescence et le corps sont bouillonnants. Eric Laurent, psychanalyste, dans son introduction sous le titre « Le corps parlant entre vide et excès », fait « l’hypothèse que le corps parlant, c’est un corps parlant de sa jouissance, il la prend comme objet, c’est ce qui l’habite ». Cela résonne avec la jeunesse qui se presse, corps exposés voire explosés, sur la plage mythique de Copacabana jour et nuit, sans trêve.

Sur la plage, beaucoup de jeunes en maillot plus ou moins échancré courent, marchent, font des exercices physiques en tout genre ; ils nagent, surfent, certains comme des dieux ; d’autres se prélassent au soleil, mangent, flirtent, boivent du jus de coco dans la coque, font des selfies, etc… Il y souffle un vent d’excessive liberté. Mais le mythe à son envers aussi, d’autres descendent des favelas pour vendre, installés sur la promenade, des paréos venus d’Asie, des tongs et des bracelets brésiliens ou bien sur la plage, des boissons et des barbes à papa par centaine. D’autres encore commettent de multiples larcins ou se droguent jusqu’au délire ou l’anéantissement. Les écouteurs sur les oreilles, chacun est branché sur sa propre musique, seul à l’entendre.

Il y a aussi des jeunes qui viennent aider les plus en difficulté par l’évangélisation, un reste de la conquête sans doute. Et encore à la tombée de la nuit, les pratiques de sectes, dans le parc au bord de l’océan où se montent des rituels dignes de films fantastiques. Ce n’est pas sans évoquer ce que dit Eric Laurent sur la question de la religion aujourd’hui. Il indique que, dans la religion, le corps est remis à Dieu et que nous assistons à une nouvelle alliance du corps et de la religion comme folie. Le triomphe du corps au moment même où il se saisit dans sa perte occupe la première place.

L’éveil bouleversant et délicat de la sexualité à la puberté, avec ses enjeux de vie et de mort, fait signe d’une transformation envahissante, irrépressible et irréversible du corps, et aussi d’une modification radicale du rapport à l’existence, à l’être, à l’amour, à l’Autre du désir, laissant le jeune dans une extrême solitude qui a des accointances avec l’abandon.

Au XXIe siècle, les figures tutélaires de la parenté se révèlent inopérantes quand les « métamorphoses de la puberté » émergent pour un sujet au temps de l’adolescence comme un réel impitoyable : « On veut grandir, on ne sait pas comment faire ». La conclusion des travaux du Congrès donne une boussole précieuse pour permettre à chaque jeune de tracer son chemin. « L’éclat du corps » n’y suffit pas. Un psychanalyste propose à ces corps, en souffrance de métamorphoses, de passer par la parole pour se dire : c’est le pari du « corps parlant », nouveau nom lacanien de l’inconscient freudien.