Par | 2017-03-16T13:52:09+00:00 15 mars 2017|Non classé|

Bôkan ! 1990-2017

Avec de la musique, on peut adoucir les mœurs. Avec du boucan, on peut faire le tour du monde !

À 18 ans, après une enfance musicale : Brel & Beatles (mes parents) et Rock (Indochine, Simple Minds, U2, Depeche Mode), une « adolescence » très Punk (peut-être toujours en cours : Bérurier Noir, The Clash, Pixies, Sonic Youth, Ramones), j’ai travaillé et appris beaucoup de choses à la Médiathèque de Mons. Plus appris qu’à l’université. Switché au rock psychédélique (King Crimson, Led Zeppelin, The Doors). Et au Dieu Ultime : Jimi Hendrix. Puis au Blues (LeadBelly & Mississippi Fred Mc Dowell), au Jazz (COLTRANE !), au Free Jazz (AYLER !), à la musique classique (GOULD !) et à la musique traditionnelle de tous les continents.

Puis mon père mourut, juste avant le diplôme. HOLY SHIT ! Il fallait partir, loin, des mois, en Afrique, rencontrer les Gnawis au Maroc, les Bluesmen du désert au Mali. Et revenir. Commencer l’analyse.

Engagé à La Porte Ouverte le 14 octobre 1998, dans le groupe de vie « Les Glycines », dédié aux « autismes », la première année fut une totale découverte : la pratique en institution. Conquis par ce travail avec les jeunes adolescents dits “autistes et psychotiques”, je fus aussi convaincu de deux choses : une formation complémentaire en clinique m’était nécessaire, et des projets “artistiques” étaient envisageables avec des artistes extérieurs professionnels en leur domaine : photographie, cinéma, musique, son. Je m’inscrivis d’abord à la Section Clinique de Bruxelles en 1999.

Les collections de la médiathèque soutinrent ma pratique clinique : l’atelier « Médiathèque » commença ! Les jeunes, mais aussi les intervenants, le directeur, découvrirent mon trésor avec délices. Beaucoup de musique d’Afrique…

Loïc, jeune « autiste mélomane », nous avait indiqué sa prédilection pour la musique, s’arrêtant pour se balancer devant toute source sonore. Nous diversifierons sa culture musicale : la recherche de chansons qu’il fredonne, leur écriture et leur agencement en tableaux, les sorties hebdomadaires « dans ta médiathèque » et le stockage dans l’ordinateur y succédant, l’amèneront à se confronter un peu plus à la lettre, tout comme aux intercalaires. Notons aussi l’importance fondamentale de sa carte de membre, véritable tenant-lieu de carte d’identité. Il se remit à écrire, énigmatiquement.

Il a appris à graver ses disques et danse seul au son de ses musiques qu’il écoute au casque sur son ordinateur. Il a entrepris une collection de DVD, sorte de demande-ritournelle qu’il utilise pour engager des pseudo-conversations avec les intervenants.

En parallèle, il s’est essayé à la musique, « Chanter Micro », avec un intervenant musicien. S’est instauré un dialogue musical hors-sens où il produit avec fougue de fantastiques mélopées ! Et les autres jeunes sont devenus ses partenaires, son band ! Au fil des semaines et des ans, atelier après atelier, un matériel énorme s’est accumulé, des heures d’enregistrement où les résidents se lancent totalement dans l’aventure sonore. Travail de la voix, travail des voix. Boucan déjanté, reprises inédites, mélodies produites avec trois fois rien mais avec tout son cœur, toutes ses tripes, traces de moments où, branchés sur la musique et les instruments, les jeunes peuvent habiter ensemble un projet loin des conflits, bien que Rock’n Roll !

Nous en avons publié deux disques, l’un, « Bôkan ! », produit à compte d’auteur en 500 exemplaires, en 2006. L’autre, « Bôkan ! Musics in the margins » a été pressé professionnellement par Sub Rosa et mis sur orbite, de New-York à Tokyo en passant par tous les bons disquaires d’Europe, début 2009. Judith Miller en a autorisé la vente au sein des publications ECF à la librairie des colloques.

Par | 2017-03-16T13:52:09+00:00 15 mars 2017|Non classé|