Par | 2017-03-12T08:43:18+00:00 10 mars 2017|Non classé|

Erri de Luca, Les poissons ne ferment pas les yeux

« J’ai songé à prendre un couteau à la cuisine pour me défendre. Et je me suis surpris à penser : un couteau, pour me défendre ? Pourquoi ? Je dois me débarrasser de ce corps d’enfant qui ne se décide pas à grandir. Qu’ais-je besoin d’un couteau, je dois aller chercher ces trois-là et me faire tabasser jusqu’à ce que la coquille casse. Puisque je n’arrive pas à la forcer de l’intérieur, il faut le faire de l’extérieur. Je dois aller les chercher.

Aujourd’hui, je sais que le corps se transforme très normalement, avec une lenteur d’arbre. Le mien a traversé diverses formes jusqu’à celle de portemanteau qu’il est à présent. A dix ans, je croyais dans la vérité des coups. L’irréparable me semblait utile.

Et c’est ce que j’ai fait alors. (…) »

Erri De Luca, Les poissons ne ferment pas les yeux, Folio, 2014, p. 52-53

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