Par | 2017-03-12T08:58:45+00:00 9 mars 2017|Non classé|

Grégoire Bouillier, Rapport sur moi

Un soir, je profite que mes parents sont sortis pour regarder en catimini dans leur chambre la télévision. J’espère surprendre n’importe quoi d’interdit et d’excitant signalé, à l’époque, par un carré blanc. Mais je tombe sur Max déguisé en musicien, sauf qu’il porte des couettes et que sa main en pâte à modeler se métamorphose en mille doigts s’animant sur le manche d’une guitare électrique. A un moment il dit : “Quand j’étais gamin, chaque fois que je rencontrais une fille, ça ne se passait jamais comme dans les chansons. Je n’ai jamais écrit une chanson d’amour. Il ne faut pas mentir aux kids.”

Quelques années plus tard, j’apprends qu’il s’agissait de Frank Zappa. Parmi toutes les idoles qui étaient déjà proposées au marché de la jeunesse pour qu’elle s’épuise loin d’elle-même et vieillisse au plus vite, il faut le seul que j’admirais pour son refus d’en être une, tout en ayant plus de talent que la plupart. Il était l’esprit qui rit, comme Lautréamont me révéla le premier la poésie. Son groupe s’appelait à l’origine les Motherfuckers – comment pouvait-il savoir pour moi ?

Grégoire Bouillier, Rapport sur moi, Paris, Allia, 2008, pp. 80-81.

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