Par | 2017-03-12T08:58:44+00:00 10 mars 2017|Non classé|

Haruki Murakami, Au sud de la frontière, à l’ouest du soleil

« En entrant au lycée, je devins un adolescent comme tant d’autres. J’entamais la deuxième phase de ma vie, franchissais un nouveau cap dans mon évolution. Abandonnant l’espoir d’être un jour quelqu’un de spécial, je devins un être ordinaire. Bien sûr, j’avais quantité de problèmes, et ça se voyait. Mais enfin, qui est bien dans sa peau à seize ans ? Peu à peu, je me rapprochais du monde, et le monde se rapprochait de moi.

Je finis donc par atteindre l’âge de seize ans et cessai d’être l’enfant fragile d’autrefois. Depuis le début du collège, je m’étais mis à fréquenter une piscine située à proximité de chez moi ; j’y avais appris à nager correctement le crawl et faisais aussi des séries de longueurs deux fois par semaine, en vertu de quoi mes épaules et mes pectoraux s’élargirent en un rien de temps, ma musculature se raffermit. Je n’étais plus l’enfant maladif et somnolent que j’avais été. Je passais de longues heures nu devant le miroir de la salle de bains, à inspecter sous toutes les coutures mon corps qui se transformait quasiment à vue d’œil. Cette métamorphose me ravissait. Non pas que j’étais heureux de m’avancer petit à petit vers l’âge adulte. Plutôt que ma croissance, c’étaient les changements s’opérant dans ma personnalité qui me remplissaient d’aise : je me réjouissais de la disparition de mon ancien moi. »

Haruki Murakami, Au sud de la frontière, à l’ouest du soleil, Paris, Belfond, 1992, p. 25.

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