Par | 2017-03-12T08:58:44+00:00 10 mars 2017|Non classé|

Henri Michaux, « Droites libérées », Moments

Des droites s’élancent
Toujours des droites
Tout à partir de droites

Demains volants
implantés dans l’air

Envers de terre
Envers de soumission

Espace adolescent
espace dans l’Espace
L’espace dilate

Offre de franchir
de s’affranchir
de rejeter, de plus loin rejeter la glu, les réduits, la case.

Échafaudage
œuvre du donneur
de celui qui à tous toujours offre.
Héros-défenseur
pour un monde sans faille, sans flaque.

Cependant reviennent les déterminations
reviennent
reviennent en plaques, s’appliquent, cloisonnent
fermeture du système
de tout système

Miroirs de l’homme à projets
qui toujours voit réapparaître carré, l’horizon
pan du futur en construction.

En plein ciel
la table à dessin.
Aux quatre côtés du quadrilatère rectangle
Les calculateurs-planificateurs
observent
leur mécanisme porte-tige
prêt pour inspection

Sur la table d’examen, seul
un triangle dressé
intercepte, coupe, dirige, détourne,
réfracte,
réfracte.

Qui décide ?
Objet absent.
Nature absente

Air ionisé
Dans le profond espace vide une bissectrice

Pas de main
Pensée seule manipule
plaçant
déplaçant

Veillée des indicatifs
sans mots, sans formes.
Segments, sections.

L’étrange montage chercheur
Compose
Nouvel ordre en attente
net
utopiquement net.

Tension.
Des trajets d’invisibles particules
de-ci de-là laissent un pointillis d’étincelles.

En survol
sauvé par le jaillissement
l’avenir

Obstacles levés
obstacles oubliés
obstacles annulés

Air commande Terre

 

Ce poème topologique de Henri Michaux est concomitant du Séminaire Encore. fait partie du recueil intitulé Moments (Gallimard, Paris 1973).

Sur le fond sans fond de « l’espace adolescent, espace dans l’Espace », ceux qui blessent il les a nommés déjà « les calculateurs-planificateurs ».

Il sait la répétition et ses mirages, ainsi que les obstacles des miroirs.

C’est ce qui le porte à frayer des voies neuves, en frappant des formules et en les accueillant, en faisant danser ce qu’elles recèlent de mystère pour chacun. Chaque lecture le rendrait plus proche, si elle n’en augmentait l’incandescence.

Henri Michaux, Moments, Paris, Gallimard, 1975.

Par | 2017-03-12T08:58:44+00:00 10 mars 2017|Non classé|