Par | 2017-03-12T08:43:17+00:00 10 mars 2017|Non classé|

Muriel Barbery, L’élégance du Hérisson

… C’est la première fois de ma vie que je rencontre quelqu’un dont le destin ne m’est pas prévisible, quelqu’un pour qui les chemins de la vie restent ouverts, un quelqu’un plein de fraîcheur et de possibles. Je me suis dit : « Oh, oui, Yoko, j’ai envie de la voir grandir » et je savais que ce n’était pas qu’une illusion liée à sa jeunesse parce que aucun des enfants des amis de mes parents ne m’a jamais fait cette impression-là. Je me suis dit aussi que Kakuro devait être comme ça, quand il était petit, et je me suis demandé si quelqu’un, à l’époque, l’avait regardé comme je regardais Yoko, avec plaisir et curiosité, en attendant de voir le papillon sortir de sa chrysalide et en étant à a fois ignorant et confiant dans les motifs de ses ailes.

Alors je me suis posé une question : Pourquoi ? Pourquoi ceux-là et pas les autres ?

Et encore une autre : Et moi ? Est-ce que mon destin se voit déjà sur mon front ? Si je veux mourir, c’est parce que je le crois.

Mais si, dans notre univers, il existe la possibilité de devenir ce qu’on n’est pas encore… est-ce que je saurai la saisir et faire de ma vie un autre jardin que celui de mes pères ?

Muriel Barbery, L’élégance du Hérisson, pp. 209-210. Gallimard, 2006.

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