Par | 2017-03-12T08:43:16+00:00 10 mars 2017|Non classé|

Virginie Despentes, Apocalypse bébé

« Je suis la peste, le choléra,
la grippe aviaire et la bombe A.
Petite salope radioactive,
mon cœur de comprend que le vice
Transuranien, humains poubelles,
contaminant universel. »

[…] Passe un homme qui pousse un enfant dans un landau tellement high-tech qu’on le croirait parti pour le Paris-Dakar. Trois pouffiasses de son âge le croisent sans le calculer, elles sont les poignets chargés de bracelets, chacune un portable à la main, elles piaillent. Quand elle pense qu’elle ressemblait à ça, il n’y a pas si longtemps. Elle a beaucoup changé. Elle est très attentive à sa courte biographie. Elle la récapitule volontiers, c’est tout ce qu’elle possède aujourd’hui. Sa vie. Elle se souvient de comment les trimestres se sont enchaînés. D’abord son ancienne vie. La phase Twilight et je rêve en mode vampire charmant, j’ai les cheveux teints en roux et les yeux irrités à force de frotter pour les démaquiller – elle devait mettre son réveil une heure plus tôt pour avoir le temps de réussir deux traits d’eye-liner à peu près symétriques. Puis la phase j’écoute du néo-métal, on m’informe que c’est de la musique de bouffon et je me mets direct dans la scène hardcore new-yorkaise des années 80, Agnostic Front est ma seule religion. Suivie de la phase je suis une bimbo – y a que ça qui plaît aux mecs – mais je ne suis pas vraiment une pute, j’ai une culture du sac griffé et je me fais des petits frissons de cynisme en me tapant quelques rails de coke. Ce passé lui semble lointain. Depuis un an, ça s’est accéléré.

Virginie Despentes, Apocalypse bébé, Paris (2010), Grasset. PP. 276-277. (Prix Renaudot 2010).

Par | 2017-03-12T08:43:16+00:00 10 mars 2017|Non classé|