Par | 2017-03-12T08:43:21+00:00 10 mars 2017|Non classé|

Yasmina Khadra, Ce que le jour doit à la nuit

« Je ne me reconnaissais plus. Depuis mon aventure avec Mme Cazenave, je ne savais plus où donner de la tête, errant à travers les méandres d’une euphorie qui refusait de tomber. C’était ma première expérience d’homme, ma première découverte intime, et ça me grisait. Il me suffisait d’être seul une seconde pour me retrouver dans l’exquise tourmente du désir. Mon corps se tendait comme un arc ; je sentais les doigts de Mme Cazenave courir sur ma chair, ses caresses pareilles à des morsures rédemptrices se substituer à mes fibres, se muer en frissons, devenir le sang battant dans mes tempes. En fermant les yeux, je percevais jusqu’à son halètement, et mon univers se remplissait de son haleine capiteuse. La nuit, impossible de renouer avec le sommeil. Mon lit chargé d’ébats platoniques me tenait en transe jusqu’au matin.

Simon me trouvait une mine barbante. Ses blagues ne m’atteignaient pas. Pendant que Jean-Christophe et Fabrice se tordaient de rire à chacune de ses blagues, je demeurais de marbre. Je les regardais se marrer sans saisir de quoi il retournait. Combien de fois Simon avait-il agité sa main devant mes yeux pour vérifier si j’étais toujours de ce monde ? Je m’éveillais à moi-même quelques instants, puis je retombais dans une sorte de catalepsie, et les bruits alentour s’estompaient d’un coup. »

Yasmina Khadra, Ce que le jour doit à la nuit, Paris, éd. Julliard, 2008, pp. 188-189.

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