Par | 2017-03-07T11:16:02+00:00 11 septembre 2016|Orientation|

Maltraiter son corps à l’adolescence

Qu’est-ce qui entre en jeu dans la boulimie, dans l’anorexie, dans ces effractions du corps qui fleurissent après l’enfance ? Hélène Bonnaud nous ouvre une piste.

L’adolescence se caractérise par un bouleversement hormonal qui se répercute sur le corps. Celui-ci change de morphologie sous l’effet des hormones sexuelles. La rencontre avec les pulsions sexuelles peut s’avérer insupportable, et le corps propre devenir l’objet d’un rejet de cette pulsion sexuelle envahissante. C’est une des voies qui pourraient être explorées pour montrer comment avoir un corps sexuel provoque le retournement de la pulsion contre le sujet. De quelle pulsion s’agit-il ? Toutes les pulsions peuvent s’engager dans cette voie, chacune étant porteuse de vie ou de mort, de plaisir ou de son au-delà. Par exemple, la pulsion orale se déchaîne à l’adolescence quand le corps fait horreur, que ce soit dans l’anorexie où le sujet annulera toute trace de sexualité dans son corps, ou dans la boulimie où la pulsion orale endommage l’image du corps, lui infligeant ainsi de ne pas être désirable. Si l’anorexique arrive à rendre son corps exempt de toute marque de sexualité en le réduisant au « rien » qui jugule son refus, la boulimique, elle, fait de son corps un repoussoir, sacrifiant son image à la jouissance de ses excès. Tas d’os dans l’anorexie, tas de graisse dans la boulimie

Qu’est-ce qu’il peut bien se passer dans la tête d’un adolescent pour qu’il fasse de son corps un tel objet de rejet ? Peut-on parler de maltraitance en ce qui concerne son propre corps ? Ce syntagme est-il adéquat ou faut-il lui préférer celui de violence contre son corps propre, de masochisme, ou encore d’autodestruction ? `

Lacan, en introduisant le terme de substance jouissante permet une lecture éclairant le rapport entre le signifiant et le corps. Dans le Séminaire Encore il nous dit que « le corps, cela se jouit. »

[1] Il ajoute qu’il ne se jouit qu’à condition de le corporiser de façon signifiante. Ceci permet de saisir l’impact du signifiant sur le corps. Il faut qu’il y ait du signifiant pour que le corps se jouisse, c’est-à-dire éprouve cette jouissance dans son corps. Jacques-Alain Miller prend comme exemple la scène de la flagellation dans le texte de Freud « Un enfant est battu » pour nous indiquer « la matrice de l’incidence de l’Autre sur le corps : il le marque comme chair à jouir. »[2]

Quand la pulsion, dans son circuit d’aller-retour, vise le corps propre comme objet, elle n’est pas arrêtée par l’Autre. Elle fonctionne comme un boomerang, et atteint le corps comme s’il était frappé par l’Autre. Le corps se jouit veut dire dans ce cas, que le passage par l’Autre a fait retour sur le corps propre. L’Autre est activé comme agent provocateur, il fait corps avec le sujet qui vise son corps comme s’il était l’objet visé de l’Autre. Cet Autre est un des noms du Surmoi, cette force tyrannique qui opère contre soi, parce que justement ce qui est dans le viseur, c’est vous comme objet a.


[1] Lacan J., Le Séminaire, livre XX, Encore (1972-1973), texte établi par J.-A. Miller, Paris, Seuil, coll. Champ Freudien, 1975, p. 26.
[2] Miller Jacques-Alain, « L’orientation lacanienne. Choses de finesse en psychanalyse », enseignement prononcé dans le cadre du département de psychanalyse de l’université Paris VIII, cours du 6 mai 2009, inédit.
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