Par | 2017-03-17T10:46:11+00:00 16 mars 2017|Selfie|

Jonathan Leroy interviewé par Christelle Sandras

Le blog d’@UnPsyEnPrison : http://jonathanleroy.be Quelle découverte ! Il parle de la prison de manière très inventive. Cela m’a donné envie d’aller lui poser plusieurs questions sur notre thème : Après l’enfance. Voici ces réponses !

 

– Rencontrez-vous des adolescents en prison ?

Je n’y rencontre que des adultes, en détention ou après leur détention. Mais ce sont parfois des adultes fort jeunes qui peuvent avoir 18 ans.

 

– Les détenus évoquent-ils avec vous ce moment d’après l’enfance ?

Sauf quelques cas de grandes violences, et parfois quelques signes discrets de décrochage (« Quand j’étais enfant, je n’étais pas imprégné par ce qu’il se passait autour de moi »), force est de constater que l’enfance est souvent absente de leur discours et de leurs préoccupations. D’une part, parce qu’ils sont, de manière générale, peu enclins à parler avec un psy ; d’autre part, parce qu’ils ont sans doute fort peu à en dire, et que peu de choses d’ailleurs leur ont été transmises à ce sujet.

Lorsqu’ils veulent bien se prêter à l’exercice de raconter leur parcours, c’est le plus souvent « les premières conneries » qui viennent en place de premier souvenir.

 

– La prison peut-elle avoir une fonction pour ces jeunes ?

Tout d’abord, la prison vient faire point d’arrêt à quelque chose qui peut être perçu, après-coup, comme illimité : « J’ai commencé petit, des petits vols, des bêtises, puis des braquages de plus en plus violents, des règlements de comptes… Mais aussi les sorties, la drogue… L’argent me brûlait les doigts, j’en voulais de plus en plus… Si la prison n’avait pas été là, je serais mort ».

La prison fonctionne ainsi comme mise à distance de ce qui générait la jouissance. Certains jeunes en viennent à compléter leur « je suis mal parce que je suis en prison » par un « mais à l’extérieur, c’est pire… ».

La prison a également effet de faire consister un Autre particulier, celui de l’administration pénitentiaire.

Pour des sujets sans boussole, ou qui n’ont pas d’adresse, étrangers à leur propre vie, le rythme propre à la prison, les règlements, les contacts avec les autres détenus et les gardiens sont autant de formes qui peuvent leur fournir « une vie mode d’emploi » et une pacification temporaire.

Car si la prison est un lieu malade, elle n’en reste pas moins pour certains le seul lieu praticable.

 

– Comment s’aborde la question de la rencontre de l’autre sexe pour chacun en prison ?

Avec les femmes, c’est bien compliqué pour ces jeunes en prison qui ont souvent peu de recours face au « sexuel qui fait trou dans le réel »

À la recherche de « normes sexuelles », les copains sont les premiers à fournir quelques « modes d’emploi » avec les femmes.

Le temps de la prison, et la mise à distance de l’autre sexe, permet parfois aux détenus de se rendre compte de toute la distance qui les sépare des femmes et de l’absence de mode d’emploi « ready-made » qui tienne en la matière. Si certains vont essayer d’en trouver un à leur mesure, d’autres décident de ne plus s’occuper de l’autre sexe, ce qui les apaise considérablement.

 

– Quels liens ont-ils avec leur famille ?

La prison est souvent vécue comme un filtre. En prison, on est à l’arrêt, et ce sont les autres qui viennent. Qui vient ? Seuls les vrais amis viennent, mais il y en a bien peu, parfois aucun. Par contre, la famille est de retour. Et souvent le « personnage » de la mère. La mère est là, qui apporte sur un plateau la solution à la question de l’autre sexe : elle connaît quelqu’un au pays avec qui son fils pourra se marier, et qui viendra le rejoindre à sa sortie. C’est ce que j’appelle « le retour à la famille », à la tradition, qui fige en quelque sorte le non-rapport sexuel.

D’autres vont acter l’absence de leur famille, dans un rejet parfois réciproque. Les intervenants de la justice, ou alors le psy, peuvent prendre le relais pour faire office d’Autre de l’adresse, pour éviter ce qui se profile pour beaucoup, en l’absence des autres de la bande, comme un isolement radical.

 

Interview réalisée par Christelle Sandras.

Par | 2017-03-17T10:46:11+00:00 16 mars 2017|Selfie|