Mardi Noir, c’est le aka ou pseudonyme de Manu, la youtubeuse qui vous « psychanalyse la face » en abordant des concepts psychanalytiques sans se prendre au sérieux !

 

Mardi Noir c’est quoi ?

Je voulais un nom de chaîne qui n’ait pas de lien avec la psychanalyse, ou en tout cas pas trop connoté psychanalyse. Mardi Noir c’est en lien avec la crise économique et Wall Street dans tous ses états. J’aime bien l’effet catastrophe !

Et Jeudi Noir c’était pris, alors mardi !

Et PTLF ? On voit que c’est une série dans la chaîne, qui s’inspire des tutos beauté que l’on trouve à profusion sur Youtube, un mot là-dessus ? Pourquoi cette formule ?

Psychanalyse Toi la Face (PTLF) c’est la vidéo récurrente où l’on sait que je vais me maquiller et parler de psychanalyse ! À la base ça part du fantasme d’être Youtubeuse beauté, mais mon envie n’était pas vraiment là. Je voulais garder le maquillage tout en faisant ce que je fais le mieux : raconter des histoires et des concepts en lien avec la psychanalyse. Et ça me donne une tâche indépendante qui me permet de ne pas être trop dans une posture de maître c’est un peu comme ça que je le vois.

Tu es diplômée de psychologie clinique, tu es en analyse : cette chaîne, tu dirais que c’est ta manière à toi de pratiquer ?

En ce moment, de plus en plus oui ! Au départ, je me disais « je pratique en essayant de communiquer sur la psychanalyse en montrant que ce n’est pas une secte des bas-fonds qui veut te piquer tout ton argent ! ». J’apportais ma pierre à l’édifice comme ça. Et de plus en plus, je me dis que c’est une pratique, oui.

Je reçois aussi des mails de personnes qui me disent que ça les soulage et que ça les aide !

Il faut savoir que j’ai lancé un appel aux dons sur Tippeee. En échange de ces dons, j’offre un badge que j’ai totalement créé. Les dons devaient être compris entre 1 et 3 euros, le prix du badge quoi. Mais certains ont trouvé le moyen de me donner plus, donc je me suis retrouvée avec des dons bien supérieurs à ce que j’avais fixé : j’interprète alors cela comme à la fois de la générosité, c’est sûr, mais peut-être également comme un paiement de séance (ahah) ; en tout cas payer c’est engager quelque chose, (s’)investir et c’est aussi ça la psychanalyse !

Après l’enfance, beaucoup utilisent les réseaux sociaux : tu peux nous en dire un mot de ces nouvelles plateformes ?

Mon utilisation très personnelle de Youtube est très simple : cela me permet d’exacerber mon narcissisme, on va pas se mentir ! On peut utiliser les réseaux sociaux de manière brute et ça risque d’être ostentatoire, vulgaire et surtout chiant ! Mais on peut surtout les utiliser de manière créative et faire une véritable œuvre, une mise en scène de soi. C’est l’enjeu de la chaîne. Je pense que c’est un gros enjeu du XXIème siècle : se mettre en scène.

Dans l’argument des JIE 4, il y a tout un pan de notre réflexion qui est marqué par ce que l’on a nommé « Nouveaux éclats du corps » : revient alors souvent la question des tatouages. Tu n’as pas encore fait de vidéos sur ce sujet mais, on le voit dans les vidéos, tu es pas mal tatouée !

Je n’ai pas encore fait de vidéos dessus mais ça va arriver !

Pour moi, le tatouage, à 18 ans, donc après l’enfance, dans la loi en tout cas, ça a été un moyen de m’affranchir de l’autorisation parentale et de dire : « J’utilise mon corps comme je le veux, je mets ce que je veux dessus », et, évidemment, je suis retombée là dans une autre forme d’aliénation. En faisant ça je dispose de mon corps et en même temps je n’arrêtais pas d’aller me faire tatouer. Je ne décidais plus vraiment. À tel point que, au début, je contrôlais beaucoup le dessin puis peu à peu, je disais au tatoueur « vas-y » et je ne décidais même plus du dessin. Je lui disais « vas-y, fais. »

Et puis la norme maintenant chez les jeunes, ça devient le tatouage ! Finalement, le gros rebelle maintenant, c’est celui qui ne se tatoue pas.

Estce que tu penses que Youtube peut faire lien social et éclairer un certain rapport à l’autre que nous avons actuellement, et particulièrement chez les jeunes, très clients de ce support.

J’ai du mal à penser que Youtube fasse un lien social. Il y a vraiment la mise en scène de quelqu’un et sa communauté. Les membres de cette communauté, pas sûr qu’ils communiquent entre eux, quoique, l’expression « envie du pénis » que j’ai remise au goût du jour a l’air de faire un peu lien social. Mais ils vont plutôt se rassembler autour du leader de la chaîne et dans le même temps autour du langage qui lui est propre. J’ai l’impression que c’est plutôt une nouvelle forme de « secte », et ça nécessite de faire attention, de ne pas se prendre pour je ne sais trop quoi. Si lien social il y a, ce serait donc plutôt grâce ou à cause du créateur de contenu, et cela implique une part de responsabilité !

Et, ta chaîne à toi en particulier, tu as l’idée que ça peut servir la psychanalyse ?

Oui, je pense que ça peut servir. En tout cas le message que je tente de transmettre c’est de se responsabiliser dans ce qu’on fait au quotidien. Se responsabiliser comme sujet. J’essaie d’expliquer que la psychanalyse ne juge pas des comportements mais insiste plutôt sur « qu’est-ce que c’est que cette histoire ? », « pourquoi je fais ceci ou cela ? », « est-ce que ça me rend bien ou pas ? » etc.

Après l’enfance, ça t’évoque quoi à toi ?

Le début des emmerdes ! Ça m’évoque la désillusion…

C’est drôle parce que l’affiche, c’est un enfant qui tombe et à mesure qu’il tombe il grandit… il y a la notion de chute dans ce dessin.

Oui, je pense qu’il y a vraiment quelque chose qui se casse la gueule après l’enfance.

Chaîne youtube : https://www.youtube.com/mardinoirPTLF
Tipeee : https://www.tipeee.com/mardinoir