Par | 2017-03-07T11:16:02+00:00 11 septembre 2016|T'es sérieux !|

Alors, c’était comment ?

À 14 ans, que se passe-t-il pour les garçons ? Et pour les filles ? Hélène Zimmer, dans son dernier film, se souvient…

À 14 ans, le dernier film d’Hélène Zimmer est présenté comme l’adaptation cinématographique de la propre expérience adolescente de la réalisatrice. Voilà déjà quelque chose d’intéressant, aborder l’adolescence à partir de la sienne. Façon aussi de ne pas oublier ce qu’elle a représenté pour chacun !

Dans le film, les jeunes et les adultes ne se parlent pas, ou mal, ou peu. L’image portée à l’écran le rend bien. Les adultes se trouvent à la périphérie du cadre ou même hors-champ. Les pères d’abord, franchement à côté de la plaque. Les beaux-pères, trop occupés à incarner une autorité qui s’adresse avant tout à leur compagne. Les mères, prises dans des rapports ravageant avec leurs enfants, se montrent divisées, comme si à l’occasion de leur nouvelle relation leur enfant devenait soudain un objet en trop. Mais le message concerne le rapport des adultes et des adolescents bien au-delà de la famille recomposée, car dans le fond les jeunes ont du mal à parler avec les adultes en général. Même la grand-mère de Louise, qui pourtant fait preuve d’une grande ouverture d’esprit, montre elle aussi des limites.

Louise, Sarah, Jade mais aussi Roméo et les autres se confrontent chacun à une expérience à la limite des mots, point de réel qui sépare le sujet et sa famille. Car au-delà des raisons contingentes qui font que les rapports se tendent, le film montre bien que l’adolescent est seul face à cette expérience. Et c’est la musique qui rend sensible pour le spectateur l’isolement de Jade. Écouteurs vissés aux oreilles, absorbée dans ses pensées, Jade est seule.

La justesse clinique est du côté de la réalisatrice lorsqu’elle met en scène une répartition sexuée de ses solitudes comme autant de réponses des jeunes aux mystères du Comment être une femme ou comment être un homme. Les garçons sont en bandes et les filles formes de petits groupes de trois au plus. D’un côté, la bande de garçon et le bander mou ou pas du tout bander lorsqu’il est question de « le faire ». De l’autre, les petits duos ou trios instables des filles entre elles où il s’agit d’avoir de l’expérience… Pas sans rivalités, ni intrigues pour conserver l’amour de celle qui sait a-priori y-faire avec le sexe. Sarah, par exemple, se prête volontiers à cette place. Elle est touchante dans sa détermination à franchir le seuil de la rencontre avec un garçon. Et désemparée, lorsqu’elle se confronte au ratage que la rencontre implique car le beau gosse n’y est pas, il est en panne ! Qu’importe, elle aura de quoi alimenter les conversations avec les copines, c’est essentiel ! Là encore Hélène Zimmer a la bonne idée de mêler Louise et son copain à tous ces personnages. Ils tranchent tous les deux au milieu de leurs pairs. Moins désorientés, moins seuls aussi, ils sont « posey  ». Serait-ce que l’amour voile le réel qui se découvre à l’occasion de la mutation, à 14 ans ?

Par | 2017-03-07T11:16:02+00:00 11 septembre 2016|T'es sérieux !|