Par | 2017-03-17T10:46:15+00:00 16 mars 2017|T'es sérieux !|

Fille – garçon et vice-versa

Regard sur un discours médical qui intervient désormais dès l’éveil de la puberté dans l’espoir de résoudre l’énigme de l’orientation sexuelle pour chacun.

Les médecins endocrinologues pédiatres vont être confrontés, de plus en plus tôt, à des demandes de traitements hormonaux chez les patients adolescents transgenres ou présentant une « dysphorie du genre »[1]. Comment vont-ils y répondre ?

Un mouvement tend à faire reconnaître dans le monde médical les particularités du genre et surtout tend à proposer, dès le début de la puberté, un accompagnement médicalisé pour une transformation du corps dans le sexe opposé s’appuyant sur des recommandations internationales de 2009[2]. Cette étude fait vaciller deux freins que sont l’âge de 16 ans, pour un traitement hormonal, et l’âge de 18 ans, pour la transformation chirurgicale. Le traitement consiste à freiner la puberté dès son apparition pour l’empêcher de se produire et d’introduire les traitements hormonaux opposés pour un changement vers le corps opposé, les œstrogènes pour les garçons, les androgènes pour les filles. À la fois ce traitement vise à répondre à ce malentendu dans la réalité et ainsi corriger la souffrance mise sur le compte de cet écart, mais il y a sans doute aussi l’arrière-pensée de corriger une croyance scientifique, celle de la cause, c’est à dire l’erreur de l’effet des hormones mâles ou femelles sur le cerveau. L’effet attendu est d’éviter des conséquences irréversibles du développement physique du corps opposé. Malgré ces hypothèses et l’accès facilité aux traitements médicaux, l’idée n’est pas tant d’en faire une entité médicale mais d’utiliser la médecine comme une réponse possible permettant de répondre au genre. Des études scientifiques permettent de s’assurer de l’absence de conséquences comme sur l’acquisition de la masse osseuse et s’ouvrent à des précautions comme l’intérêt de la cryoconservation des gamètes, car les traitements hormonaux touchent à la fonction de reproduction. Il est mis en avant, comme avantage à cette prise en charge précoce pour les filles, d’éviter la mastectomie à l’âge adulte. À contrario, le développement mammaire chez les garçons est définitif. L’arrêt de ces traitements médicamenteux provoque une reprise du développement pubertaire.

Lacan a mis en garde de toucher dans la réalité à ce discours sexuel : le transexualiste « n’a qu’un tort, c’est de vouloir forcer par la chirurgie le discours sexuel qui, en tant qu’impossible, est le passage du réel. »[3] La question devient pour le clinicien : où situer un réel dans l’offre toujours plus importante que permet la médecine ? Où situer ce qui viendra faire limite ? Car ce réel, il ne faut pas croire qu’il se déplace ou se résorbe, mais plutôt qu’il peut faire retour. Mettre en place un protocole de prise en charge médicale de tous les possibles ne va-t-il pas devancer les questions, qui plus est, là où le sujet ne se posait pas encore la question de la possibilité de son changement dans sa réalité ? Cette offre standardisée, parce que médicale, ne va-t-elle pas faire disparaître les formidables inventions multiples et variées, riches de semblants qu’avaient ces adolescents[4] ?

 


[1] france5.fr – Le monde en face / diffusions du 10-01-2017
[2] www.cpath.ca – Recommandations internationales de 2009
[3] Lacan, J., Le Séminaire, livre XIX, … ou pire, Seuil, 2011, p. 17.
[4] Briard D., « Prothèse  », Accès à la psychanalyse, bulletin de l’ACF VLB, février 2014 – N°6. P 115-121.
Par | 2017-03-17T10:46:15+00:00 16 mars 2017|T'es sérieux !|