Par | 2017-03-07T11:16:04+00:00 12 juin 2016|T'es sérieux !|

Un selfie pour supporter ça ?

Aller lire dans les journaux ce qui est dit sur ce qui se passe Après l’enfance, c’est aussi le job du Zappeur. Et le magazine Elle en dit des choses !

Dans le numéro du 8 avril 2016 de Elle

[1], Hélène Guinhut revient sur le suicide d’une jeune fille de quinze ans. Elle met en avant que ce drame ne serait pas survenu si une photo intime de la jeune fille n’avait pas fait le tour des portables de ses camarades de classe. Sa mère explique que sa fille aurait été obligée de prendre cette photo pour répondre à un chantage qu’elle subissait de celui avec qui elle venait d’avoir une relation sexuelle. L’auteur mesure l’ampleur du phénomène en relatant plusieurs cas de jeunes filles confrontées à la manipulation suivante : un selfie est envoyé sur Snapchat, quelqu’un fait une capture d’écran puis la photo est diffusée sur les réseaux sociaux.

Elle questionne alors ce qui peut bien pousser les ados à s’exposer ainsi. Une jeune fille explique que « si tu l’as pas fait, tu es limite has been ». Il faut « montrer ses seins » pour intéresser les Badboys.

Dans ce même article, Clémence Pajot rapproche ce harcèlement du cybersexisme : « Sur les réseaux sociaux, les jeunes filles subissent toujours la double injonction : il faut être sexy pour être populaire et admirée. Mais en même temps, en se comportant ainsi, elles deviennent responsables des insultes et des agressions sexuelles qu’elles reçoivent en retour ». N’en déplaise à Mme Pajot, être sexy ne rend pas une femme responsable de l’agression machiste…

Lors de son intervention à la troisième Journée de l’Institut de l’Enfant, Jacques-Alain Miller rappelle que « à la puberté, la jouissance change de statut et devient jouissance de l’acte sexuel, jouissance d’un objet extérieur »[2]. Ces jeunes filles pour ne pas être has been, pour être populaire et rencontrer l’autre, se retrouvent prises dans l’ « embrouille entre les sexes »[3].

« Après l’enfance », on s’essaie à devenir homme ou femme dans la rencontre avec l’autre sexe. Ce qui ne va pas sans la confrontation à un impossible voire un insupportable. Comme l’indique Laurent Dupont dans l’argument de la quatrième journée de l’Institut de l’Enfant : « l’irruption du sexuel fait surgir le ratage et l’impossible rapport au corps de l’Autre »[4].

Aujourd’hui, l’entrée dans la sexualité ne se passe plus uniquement dans l’intimité de la chambre de l’adolescent, mais s’expose au groupe et au-delà. L’usage du selfie, dans la situation dramatique évoquée par cet article, est venu lever le voile de la pudeur, laissant la jeune fille seule face à la honte alors déchaînée, dans un moment où elle n’avait pas encore pu prendre la perspective du ratage de structure du rapport entre les sexes.

 


[1] « Quand les adolescentes se mettent à nu », Magazine ELLE, Hachette Filipacchi, p. 91-94
[2] Miller J.-A., « En direction de l’adolescence », Interpréter l’enfant, Navarin éditeur, Paris, 2015, p. 202.
[3] Roy D., « Jeunesse des ados », Hebdo Blog du 20 mars 2016, http://www.hebdo-blog.fr/jeunesse-des-ados/
[4] Dupont L., « Après l’enfance », News de l’IE, mars 2016, www.lacan-universite.fr/wp-content/uploads/2016/03/institut_enfant-news_journee_2017-01.html
Par | 2017-03-07T11:16:04+00:00 12 juin 2016|T'es sérieux !|