Par | 2017-03-07T11:16:00+00:00 27 octobre 2016|Un ado chez nous|

Adolescents d’hier ?

Revenir au texte d’A.Aichhorn montre combien cette référence est, encore aujourd’hui, d’actualité !

Le livre d’A. Aichhorn, Jeunesse en souffrancei, est un témoignage de l’écho des conceptions de Freud dans le domaine de l’éducation au début du XXe siècle. A. Aichhorn fut un pionnier visant à donner un sens freudien aux symptômes des jeunes qu’il rencontrait, à en faire des cas freudiens, si je peux dire.

À Vienne, il a dirigé plusieurs institutions accueillant de jeunes délinquants. Son action était très éclectique : les recevant en entretien, intervenant dans la rue, se rendant parfois dans la famille, ayant une action directe dans les groupes de vie dans l’institution.

Son livre rend sensible sa façon de lier les éléments théoriques de la première et de la seconde topique de Freud. A. Aichhorn sait mettre en valeur comment il parvient, par son action, à conduire chaque sujet vers le point qui gouverne sa conduite à son insu, sans négliger pour autant l’importance du sentiment de culpabilité.

Le terme de « carence » est son guide de lecture des symptômes. C’est la pente développementale qui s’immisce. À la suite d’A. Aichhorn cette notion de carence a eu un certain succès dans le discours mais ce n’est pas une notion freudienne. Les jeunes qu’il nous présente sont-ils carencés ou aux prises avec un excès qui n’est pas toujours repéré comme tel ?

Décrits comme fugueurs, voleurs, vagabonds, futurs alcooliques, instables, agressifs, violents, haineux, ces jeunes sont-ils si différents de ceux d’aujourd’hui ? Ces actes déviants se situent plus dans le champ de l’agir, entre laisser tomber et monter sur scène.

Dans son texte des Ecrits sur la criminologie, Lacan salue A. Aichhorn pour son « ingéniosité et (sa) patience qu’on admire dans les initiatives d’un pionnier »ii. Il sait mobiliser quelque chose de la situation d’impasse des jeunes dont il s’occupe. Il a bien l’idée que chacun d’eux est aux prises avec le sentiment de culpabilité, que certains sont constamment en attente d’une punition. Dans son texte « La criminologie lacanienne », Serge Cottet ne manque pas de nous dire l’appui que trouve Lacan chez ce pionnier quand « il souscrit à l’effectivité d’une instance surmoïque qui pousse au crime et à la transgression. Il réfute ainsi tout inconscient criminel auquel adhèrent les freudiens Alexander et Staub. C’est l’identification de l’enfant à l’adulte criminel qui rend compte d’un Idéal du moi vicié par rapport à la norme paternelle. »iii

Dans son texte sur la criminologie, Lacan établit un lien entre pulsion et identification, entre l’agressivité liée à l’identification et la pulsion de mort comme « négativité dialectique inscrite aux formes mêmes où s’engagent chez l’homme les forces de la vie »iv. On pense alors à la fin du texte de J.-A. Millerv, lorsque celui-ci parle d’une nouvelle alliance de la pulsion et de l’identification dans les actes meurtriers des djihadistes de Daesh.

Pour finir, je citerai A. Aichhorn « L’éducateur spécialisé s’intéresse aux enfants et aux adolescents carencés ou criminels. Il veut savoir si l’on peut établir qu’une manifestation ou une conduite déviante se basent sur un sentiment de culpabilité inconscient, et à quoi l’on peut le voir. Il faut dire à ce propos, d’une façon très générale, que les conduites déviantes se basent bien plus souvent sur un sentiment de culpabilité inconscient qu’on ne l’admet habituellement. L’éducateur spécialisé formé à la psychanalyse ne laissera pas échapper l’intensification du besoin de punition inconscient qui en est la contrepartie. »vi

 


i Aichhorn A., Jeunesse en souffrance, Champ social, 2005
ii Lacan J., « Introduction théorique aux fonctions de la psychanalyse en criminologie », Ecrits, Seuil, Paris 1966, p. 142.
iii Cottet S., « La criminologie lacanienne », Mental, n°21, septembre 2008, p. 19.
iv Lacan J., op. cit., p. 141.
v Miller J.-A., « En direction de l’adolescence », Collection La petite Girafe, n°3, Paris, Navarin, 2015, p. 203.
vi Aichhorn A., op. cit., p. 200.
Par | 2017-03-07T11:16:00+00:00 27 octobre 2016|Un ado chez nous|