Par | 2017-03-07T11:15:42+00:00 4 février 2017|Un ado chez nous|

« La comédie des sexes »

Voici une note d’orientation à propos de la proposition de Jacques-Alain Miller d’étudier la prédisposition sexuelle précoce tant pour la petite fille que pour le petit garçon.

Dans le chapitre « L’homme et la femme » du livre XVIII de son séminaire, Lacan parle de la différence des sexes. Il avance « qu’à l’âge adulte, il est du destin des êtres parlants de se répartir entre hommes et femmes »

[i]. Écrivons-le avec des guillemets pour souligner en quoi il s’agit là du signifiant « homme » et du signifiant « femme ». Si pour Freud « l’anatomie c’est le destin », pour Lacan, c’est le signifiant qui est le destin de l’homme et de la femme. Chacun aura à se situer par rapport au signifiant « homme » et au signifiant « femme », soit à se répartir selon ces deux signifiants, ces deux catégories. Cette répartition implique donc un choix, ou l’un ou l’autre. C’est ce qu’indique le terme de sexuation, chaque sujet en passant nécessairement par une subjectivation de son sexe. Ce choix ne recoupe donc pas nécessairement le sexe biologique. Le transsexualisme est l’exemple même d’un choix du sujet où celui-ci désire passer, par tous les moyens, à l’autre sexe.

« Ce qui définit l’homme c’est son rapport à la femme ».[ii] poursuit Lacan, donc l’homme se définit de son rapport à la femme et la femme de son rapport à l’homme. Au fond, l’on peut dire que lorsqu’on se situe au niveau du signifiant il y a rapport, rapport au sens du rapport d’un signifiant à un autre signifiant, au sens de l’articulation signifiante. Dès lors, « l’identification sexuelle ne consiste pas à se croire homme ou femme, mais à tenir compte de ce qu’il y ait des femmes, pour le garçon, qu’il y ait des hommes, pour la fille »[iii]. Pour le garçon et la fille les « prédispositions reconnaissables dès l’enfance » sont la conséquence, dans l’après-coup, de cette nomination « homme » et de cette nomination « femme ». Et Lacan d’indiquer qu’il y a lieu de s’intéresser à « ce qui en surgit précocement »[iv].

Lacan donne des indications précises : « Pour le garçon, il s’agit, à l’âge adulte, de faire-homme » et il s’agira d’interroger « tout ce qui, dans le comportement de l’enfant, peut être interprété comme s’orientant vers ce faire-homme. De ce faire-homme, l’un des corrélats essentiels est de faire signe à la fille qu’on l’est »[v]. Et là nous sommes de plain-pied dans la dimension du semblant. En effet, le signe n’est-il pas, particulièrement aujourd’hui, convoqué pour faire signe de son mode de jouir ? « Faire signe à la fille qu’on l’est » relève alors de ce que Lacan appelle « la comédie des sexes », où la dimension du paraître, de la parade est essentielle.

Dans ses définitions de l’homme et de la femme, dans un premier temps, Lacan ne fait pas intervenir le phallus. Et c’est lorsqu’il introduit la fonction de la mère auprès de l’enfant, soit la mise en jeu des objets pulsionnels que l’on retrouve le phallus Mais ici le phallus a pris une valeur nouvelle : « Le phallus est très proprement la jouissance sexuelle en tant qu’elle est coordonnée à un semblant ».[vi] Pour le dire autrement, avec le phallus la jouissance s’interpose entre l’homme et la femme et fait obstacle au rapport entre les sexes. D’où la formule : « Il n’y a pas de rapport sexuel. »

Dès lors se pose pour chacun l’usage qu’il fera du semblant phallique. Et tout particulièrement au moment de sa rencontre avec l’autre sexe, ce que Lacan désigne comme l’« heure de la vérité »[vii].


[i] Lacan J., Le Séminaire, livre XVIII, D’un discours qui ne serait pas du semblant, Seuil, Paris, 2006, p.31
[ii] Ibid, p.31-32.
[iii] Ibid, p.34.
[iv] Ibid, p.31.
[v] Ibid, p.32.
[vi] Ibid, p.34.
[vii] Ibid.
Par | 2017-03-07T11:15:42+00:00 4 février 2017|Un ado chez nous|