Par | 2017-03-07T11:15:46+00:00 24 janvier 2017|Les amis de l'Institut de l'Enfant|

Consultations Trouver son tempo

Aujourd’hui, time is money ! Si le cours du temps est scruté, normée, faire rapide résonne avec efficace. Mais, c’est au détriment de la dimension logique du temps, qui, elle, ne se compte pas !

C’est une forme d’urgence qui amène Emma, 19 ans, à me rencontrer. Cette urgence se manifeste jusque dans son corps : elle pleure, tremble, les mots se bousculent.

Emma vient, poussée par un « trop plein » accumulé au cours des précédentes années, qui n’a pas pu trouver à se dire et qui l’envahit aujourd’hui. Bien qu’habitant au milieu de sa famille, Emma est très seule. Elle témoigne d’un rejet de longue date de la part de ses parents et les liens extrafamiliaux sont ténus. Sa parole ne semble pas pouvoir être entendue.

À ce prélude s’ajoute un récent laisser tomber, correspondant au temps de la séparation parentale, accentuant le rejet. Depuis cet événement, plus rien n’a de prise sur la jeune fille : pas une parole, pas un projet, pas une envie. S’identifiant à cet objet rejeté, Emma se délie peu à peu de la société et ce rien, jusqu’alors en bordure de sa vie, devient le trou noir qui l’aspire. Elle vit un moment d’errance qui la laisse en proie à un véritable dérèglement pulsionnel. Tout devient excessif, du trop au trop peu : Emma perd son tempo. Plus de limites, plus de repères. Elle ne se reconnaît plus.

Peu de temps avant notre rencontre, Emma parvient à raccrocher courageusement une formation professionnelle et tente de rencontrer de nouvelles personnes afin retrouver une « vie normale ». Sortie de l’urgence vitale vient le temps de dire ; c’est ce qui amène Emma à parADOxes.

Emma est tiraillée. Entre isolement mortifère – refuge face au monde extérieur mais aussi logis d’une jouissance sans borne – et normativité idéale – où le tempo soutenu des exigences imaginaires de la société la tyrannise – la jeune fille ne parvient pas à trouver d’équilibre.

C’est cette parole qu’elle dépose en premier lieu. L’entendre et l’accueillir produit, dès les premiers temps de notre rencontre, un soulagement chez Emma. Elle extrait ensuite quelques uns des moments clefs de sa vie, dépose ses paradoxes, ses butées, mais aussi sa culpabilité à se laisser être l’objet de l’autre. Reconnaître la valeur de ce dont elle vient témoigner permet de la soutenir dans son raccrochage précaire au tempo du monde, petit à petit, à son rythme. Parallèlement, Emma met à distance l’origine de sa demande et un petit espace où exister se dégage entre ses deux impasses.

Emma bricole son tempo. Les excès trouvent à se réguler par l’effet de la parole. Elle se sent à nouveau « comme les autres ». Elle touche également, au fil des séances, à la position qu’elle occupe pour l’autre : place d’objet ou place de rien. Elle effleure ici un point crucial de sa problématique, qui doit sans doute se travailler ailleurs, dans un lieu où le temps n’est pas compté.

Les rencontres s’espacent – du fait d’impératifs extérieurs auxquels Emma parvient à nouveau à s’accrocher – et la jeune fille témoigne de son désir de poursuivre le travail engagé à parADOxes ; je l’accompagne vers un analyste en ville où, je l’espère, elle continue de déplier avec brio les cadences de sa vie.

Par | 2017-03-07T11:15:46+00:00 24 janvier 2017|Les amis de l'Institut de l'Enfant|