Par | 2017-03-12T08:43:19+00:00 10 mars 2017|Non classé|

Amélie Nothomb, Antéchrista

« Le 13 août, j’eus dix-sept ans. Le téléphone ne sonna pas davantage. Il n’y avait là rien d’étonnant : les anniversaires estivaux ne sont jamais fêtés.

Puisque ce nouvel âge n’était pas sérieux, je gaspillai les heurs de la matinée en une sorte de no man’s land de l’esprit, au fond duquel je simulais la révision du cours d’économie politique – en vérité, je n’avais aucune idée du gouffre où se précipitait ma conscience.

Soudain, au milieu de l’après-midi, j’éprouvai le besoin impérieux de voir un corps. Or il n’y en avait qu’un seul à ma disposition.

Je me levai, fantomatique, et j’ouvris l’armoire dont la porte était un grand miroir. Dans la glace, je vis une endive vêtue d’une vaste chemise blanche.

Comme il n’y avait toujours pas de corps, je me déshabillai et regardai.

Déception : le miracle n’avait pas eu lieu. La nudité vue dans le reflet n’avait pas de quoi inspirer l’amour. Je m’en accommodai avec philosophie : j’avais l’habitude de ne pas m’aimer. Et puis, « ça » pouvait encore m’arriver. J’avais le temps. »

Amélie Nothomb, Antéchrista, Le Club, éditions Albin

Par | 2017-03-12T08:43:19+00:00 10 mars 2017|Non classé|