Par | 2017-03-16T13:33:07+00:00 15 mars 2017|Non classé|

Le corps punk : énergies et inventions – Philippe Liotard

Propos recueillis par Victor Rodriguez

Philippe Liotard est sociologue, il enseigne à l’Université Claude Bernard Lyon I. Il a publié de nombreux articles à propos du corps, du sport et de l’éducation physique. Il est aussi connu pour ses participations à la revue Quasimodo à partir de laquelle il a donné des conférences à propos du corps et de ses transformations par le tatouage, le piercing. Enfin, il participe au groupe PIND (Punk Is Not Dead), groupe de recherche sur l’histoire du punk en France, co-piloté par Solveig Serre et Luc Robène. Dans ce groupe, il réalise une anthologie du corps punk.

Le Zappeur : L’apparition de la musique punk sur la scène musicale mondiale signe-t-elle pour vous un changement, une évolution, une transformation de la jeunesse elle-même ?

L’apparition de la musique punk a impulsé des manières de faire, des manières d’être et des manières de paraître que seule une jeunesse libre pouvait produire. Par sa liberté de ton, par son énergie et par la transgression des normes de la bienséance, elle a montré qu’il était possible de jouer de la musique, de dessiner, d’écrire, de construire son look, de faire ses propres journaux et de les diffuser, bref, de créer. Cette jeunesse a su s’organiser en dehors des outils dominants de la production culturelle. Et surtout, elle s’est posée en s’opposant, au point que les punks ont été -et sont- perçus comme de sales gosses impolis, violents et transgressifs.

Le Zappeur : Par quoi s’accompagnent ces changements, ces mutations ? Sur le corps ? Dans la pensée ?

C’est en effet par le corps que passent ces changements. C’est toute une stylistique immédiatement reconnaissable, à base de Doc Martens, de Perfecto, de bas résille, de tee-shirt déchirés, d’épingles à nourrice dans les oreilles et les joues et de cheveux colorés, peroxydés ou hérissés. Cette stylistique punk génère de la stupeur et de l’inquiétude dans les médias.

Le corps punk est un corps stigmatisé qui semble s’auto-détruire sous l’effet des drogues ou de l’alcool. Pourtant, le corps punk ne se réduit ni à l’imitation d’une apparence stéréotypée (crête, perfecto, jean) ni à la destruction de soi. Le look punk est aussi un look ordinaire, banal, refusant les stéréotypes, y compris ceux du corps travaillé, esthétisé à travers une esthétique de la provocation et du Do It Yourself. Néanmoins, ce qui reste des débuts de l’expérience punk, c’est l’inventivité dans les manières d’être, l’initiative dans les façons de faire. Cette inventivité a perduré en se déplaçant vers de nouvelles manières de se mettre en scène, en réinventant le tatouage, le piercing, puis, progressivement d’autres techniques innovantes de modification de l’apparence rassemblées sous l’appellation de bodmods où les scarifications, les langues fendues et les implants déplacent à nouveau les normes de l’apparence convenue.

Par | 2017-03-16T13:33:07+00:00 15 mars 2017|Non classé|