Par | 2017-03-12T08:43:15+00:00 11 mars 2017|Non classé|

Marie Darrieussecq, Truisme

J’ai senti la solitude au creux de la poitrine, là, avec violence, avec terreur, avec jouissance ; je ne sais pas si vous pouvez comprendre tout ça en même temps. Il n’y avait plus rien qui me retenait dans la ville avec les gens. J’aurais voulu m’envoler comme les oiseaux si je n’avais pas été si lourde. Mais mon derrière, mes seins, toute cette chair m’accompagnait partout. En plus de la douleur dans l’échine, j’avais mal dans la poitrine, je ne voulais pas soulever ma robe pour voir où en étaient les taches, et ma nouvelle mamelle tirait douloureusement sous la peau, comme à la puberté. Je me suis courbée en avant et toute cette douleur a disparu. Ma robe tenait raide autour de moi, elle sentait la sueur fraiche, la chair vivante, le sexe chaud. Je me suis roulée dans mon odeur pour me tenir compagnie. Les oiseaux se sont tus. J’ai senti la nuit tomber sur ma peau. J’ai glissé du banc et j’ai dormi là, par terre, jusqu’à l’aube. Il y avait les rêves des oiseaux dans mes rêves, et le rêve que le chien avait laissé pour moi. Je n’étais plus si seule.

Marie Darrieussecq, Truisme, POL, 158 pages.

Par | 2017-03-12T08:43:15+00:00 11 mars 2017|Non classé|