Par | 2017-03-12T08:43:22+00:00 10 mars 2017|Non classé|

Sylvie Robic, Les doigts écorchés

C’est l’été 79, il doit faire très beau dehors.

On est tous les deux avec Bruno, dans le noir de la chambre. On a décidé de ne plus ouvrir les volets.

On écoute très fort, extatiques, No More Heroes des Stranglers.
D’en bas montent faiblement des exclamations exaspérées, suraigües.
On désespère maman.

Maman n’a pas la force ou la sagesse de comprendre que le rock, c’est en partie fait pour ça.

Le rock a été inventé pour sortir les petits garçons des prisons des caresses maternelles.

Le rock est une guerre inévitable pour échapper à sa mère.

À l’amour et à la haine de sa mère.

C’est sûrement pourquoi on fait comme si on ne l’entendait pas.

D’ailleurs, on ne l’entend pas.

On est absorbés dévorés par la musique.
La musique se met à nous définir entièrement.

Sylvie Robic, Les doigts écorchés, pp 39-40

Par | 2017-03-12T08:43:22+00:00 10 mars 2017|Non classé|