Par | 2017-03-13T11:28:43+00:00 11 mars 2017|Non classé|

Symptômes dans la socialisation.

Les modèles féminins et les journaux qui les véhiculent deviennent caduques pour les filles. Ce qu’elles préfèrent, c’est leur propre reflet échangé sur YouTube.

Comment les adolescents se débrouillent-ils avec leurs symptômes dans le lien social contemporain ? Le lien social actuel ne repose plus sur un lien hiérarchique, sur une figure paternelle. La chute des idéaux a des effets à cette période de l’adolescence. Hélène Deltombe indique qu’autrefois, l’adolescence se construisait en se confrontant à l’autorité. Les jeunes avaient à prendre position quant à l’idéal parental. Aujourd’hui, la forme de la civilisation n’est plus la même. L’identification s’opère davantage du côté des petits autres, du semblable, sur un plan imaginaire. Le symptôme de l’autre peut servir d’identification, parfois sur le mode de l’épidémie qui s’étend. « On peut parler de symptômes du lien social qui donnent aux adolescents le sentiment d’une unité commune, dans l’illusion de partager un idéal et de lutter contre un certain individualisme, mais ce n’est pas sans écueils. »[1]

Nombre d’articles de presse témoignent de ces écueils. Ainsi un article du Monde.fr[2] nous enseigne sur l’engouement des adolescentes pour les « Youtoubeuses » (entendez : « Celles qui postent des vidéos sur le site YouTube » selon le site cordial-enligne.fr). Le premier salon « Get Beauty » a réuni 10000 groupies, le 28 mai, à Paris, venues rencontrer les filles les plus populaires du site de partage de vidéo. Qu’est-ce qui les rend populaires ? L’article parle « d’un nouveau star système » où l’idéal est rabattu sur le versant imaginaire. Virginie Maire, l’organisatrice du salon, explique pour répondre à une question sur le marketing : « ce sont des mademoiselle-tout-le-monde. Elles prônent toutes le fait de s’assumer et d’être bien dans ses baskets. Ce ne sont pas des Eva Longoria, elles sont normales. L’une d’elles s’appelle même “JeNeSuisPasJolie” ! EmmaCakeup fait des zooms sur ses boutons ! Elles ne sont pas photoshopées, elles sont naturelles, ce ne sont ni des mannequins ni des maquilleuses. »

C’est l’apogée de l’image, du selfie. Les organisateurs mettent à dispositions des lieux avec du matériel : perruques, guitares, cadre à la manière d’une vidéo Youtube. Les jeunes filles sont ainsi poussées à se prendre en photo ou en vidéo. Toutes ont déjà essayé chez elle, et certaines ont posté leur vidéo en ligne.

Qu’est-ce qui poussent ces adolescentes à un tel dévoilement ?

Eric Laurent parle de fausse identification : « Au niveau macro, la diversification des moyens de production de l’image a raffiné l’effet d’instantané de celle-ci et renforcé l’exigence de transformation immédiate de toute situation en image. Lorsque l’image du corps n’y est pas, elle doit s’ajouter : l’exigence du selfie témoigne du nouveau champ qui s’offre pour satisfaire la passion d’inscription du reflet »[3]. Le corps est réduit à son image, donnant l’illusion d’une unité. L’être parlant se trouve ainsi identifié à son organisme. « Sous toutes ses formes, l’évidence des images du corps tend à faire oublier que nous sommes toujours confrontés à l’absence de ce qui pourrait répondre en tant que sujet à la jouissance »[4].

Aujourd’hui, il s’agit de ne pas oublier qu’un symptôme, « même partagé par beaucoup d’adolescents, reste toujours un signe d’appel »[5]. La lecture d’un symptôme demeure toujours singulière.


[1] Deltombe H., Les enjeux de l’adolescence, Paris, Michèle, 2010, p.12.
[2] http://www.lemonde.fr/pixels/article/2016/05/30/a-paris-les-youtubeuses-mode-et-beaute-tiennent-salon-devant-des-ados-en-transe_4928649_4408996.html
[3] Laurent E., L’envers de la biopolitique, Paris, Navarin, 2016, p. 12.
[4] Ibid, p. 14.
[5] Deltombe H., Les enjeux de l’adolescence, Paris, Michèle, 2010, p. 65.
Par | 2017-03-13T11:28:43+00:00 11 mars 2017|Non classé|