Robin Renucci est acteur pour le théâtre, le cinéma, la télévision. Il est directeur des Tréteaux de France depuis Juillet 2011 à la suite de Marcel Maréchal. Fondateur et président de l’ARIA en Corse où il organise depuis 1998 les Rencontres Internationales Artistiques.

Qu’est-ce que vous évoque ce thème : « Après l’enfance » ?

Après l’enfance, on grandit encore ; on est loin d’en avoir fini avec la croissance, le développement : l’élévation continue. Après l’enfance, c’est une période charnière. On attend de l’enfant en pleine mutation qu’il élargisse sa place dans le monde, gagne en autonomie, se responsabilise : en somme, qu’il construise l’adulte qu’il sera.

Pour vous, homme de théâtre, l’éducation en passe par l’art. Que pouvez-vous nous en dire ?

Qui est présent, pour accompagner cette transition délicate, pleine de soubresauts, d’accélérations rapides, parfois d’obstacles à franchir ? Dans la sphère publique, au-delà de la famille, l’école est le premier espace de formation de l’enfant : il y passe une grande partie de son temps, il y construit ses relations, il s’y développe.

Le rôle de l’éducation est primordial : or il manque, à mes yeux, un maillon essentiel pour permettre et favoriser le plein épanouissement de nos enfants. L’éducation dispensée par notre système scolaire français reste profondément marquée par une culture de l’esprit cartésien : on s’adresse principalement, pour ne pas dire exclusivement, à la raison – en laissant de côté la sensibilité, le corps, l’affectivité. Parfois même en dehors de l’école, dans les activités extra-scolaires par exemple, prédomine l’attention portée à la pensée rationnelle et au savoir théorique.

Ce qui manque cruellement à l’éducation qu’on donne à la jeunesse, la pratique artistique peut l’offrir. Tous les arts, toute la culture devraient faire l’objet d’expérimentations – bien au-delà du simple apprentissage théorique de l’histoire des arts, qui ne sort pas du schéma d’inculcation intellectuelle par le haut. Tous les jeunes devraient pratiquer à l’école le théâtre, les arts plastiques, la lecture, la danse, la musique. Dans cette pratique, la transmission ne se fait pas de manière unilatérale et transcendante, du professeur à l’élève : elle s’opère tout au long d’un dialogue, d’un véritable accompagnement du jeune dans sa propre recherche. La pratique artistique est un espace privilégié pour permettre à chaque jeune de découvrir toutes les ressources qu’il a en lui et qu’il ne soupçonnait pas, de tester ses limites, de connaître ce qui le définit singulièrement et le différencie des autres. Quand on expérimente, on incorpore profondément et sensiblement ce qu’on apprend de soi et des autres – au lieu d’intégrer mécaniquement un savoir venant de l’extérieur. La pratique d’un art peut donc devenir un formidable espace de liberté, à plus forte raison pour un adolescent en pleine métamorphose : c’est le temps et l’endroit pour prendre possession de ses moyens, rencontrer l’adulte qu’il est en train de devenir, en pleine conscience.

Car chacun porte bien en soi un potentiel d’expression artistique : ce n’est pas la question du talent qui prime, mais celle du droit à la pratique pour tous. Pratiquer ne doit pas être un privilège.

Dans une période électorale comme la nôtre, la question de la place qu’on donne à la pratique artistique et à la culture en général dans l’éducation de nos jeunes prend une importance accrue. Il faut former et accompagner les adolescents d’aujourd’hui pour qu’ils soient en mesure d’affronter les défis que pose l’avenir. Enseignants et artistes sont des relais indispensables : il est temps de leur permettre de travailler main dans la main et d’être au cœur de ce mouvement.

Vous œuvrez vous-même pour cette éducation populaire avec l’association créée en Corse en 1998, l’Aria : Association des Rencontres Internationales Artistiques.

L’Aria est un pôle d’éducation et de formation par la création théâtrale dans la tradition de l’éducation populaire. Nous organisons des rencontres internationales chaque été, mais l’association organise tout au long de l’année des stages en partenariat avec les ministères de l’éducation et de la culture.

Je suis très attaché à cette notion d’éducation populaire. Faut-il encore s’entendre sur les mots et ne pas dénaturer le propos. Pour moi, c’est un certain attachement aux singularités en opposition à la pensée unique, c’est reconnaître à chacun sa capacité de création. Quel qu’il soit, où qu’il soit.