Un selfie avec l’Institut de l’Enfant himself, ce n’est pas rien ! Pour le présenter au public, que diriez-vous Daniel Roy ?

Cher Zappeur, l’IE a maintenant presque six ans et déjà trois Journées d’étude à son actif. Ces Journées ont réuni autour d’elles – leur préparation, leur programme, les publications qui ont suivi – un grand nombre de professionnels orientés par la psychanalyse et par l’enseignement de Lacan, dans leur pratique auprès des enfants qu’ils accueillent à divers titres : psychanalystes qui conduisent des cures avec des enfants, éducateurs et intervenants en institutions spécialisées, professeurs des écoles, des collèges et lycées, psychologues et psychiatres qui soutiennent leur position appuyés sur l’expérience d’une analyse personnelle. J’appellerai cela « une communauté en marche », car ce sont ces pas en avant qui, à chaque fois, soutiennent ou créent les liens entre des groupes et des individus très divers. Alors, difficile de faire « un arrêt sur l’image » ! Essayons pourtant : à chaque fois, un texte de Jacques-Alain Miller qui nous propose un thème de travail pour les deux années qui viennent ; les groupes du réseau CEREDA, les laboratoires inter-disciplinaires du CIEN, les intervenants en institution, dans le fil du RI3, se mettent au travail sur ce thème, une bibliographie s’élabore, puis viendront le blog et le Zappeur qui font connaître ces travaux, font entendre le bruissement de cette communauté en marche, jusqu’à la Journée elle-même, plus de 1000 participants, une vingtaine de textes choisis parmi les quelques 180 envoyés ; ce ne sont pas « les meilleurs », mais ceux qui marchent bien ensemble et créent des nouvelles résonances ; et nos invités, qui viennent apporter un éclairage qui nous décale…

Après l’enfance, l’Institut de l’Enfant est rentré dans cette période que Freud qualifie de métamorphose ?

Pour chaque Journée, l’IE vit ce cycle de métamorphoses autour d’un enjeu : à chaque fois, inventer une langue commune, langue de la surprise, langue où on ne sait pas à l’avance ce que l’autre va dire. C’est une sacrée et une satanée métamorphose, au plus près de celle qu’un sujet, quel que soit son âge, peut attendre de sa rencontre avec un psychanalyste. Eh oui, cette attente d’une telle langue, « en souffrance » dans notre société d’évaluation et de gestion permanentes, est criante chez ceux et celles que le discours courant nomment « les ados », au moment où le corps anatomique et le corps social viennent imposer au corps vivant des lois nouvelles qui dérogent à celles élaborées au temps de l’enfance. L’IE s’essaiera à se mettre à l’école de l’insurrection des corps parlant « après l’enfance » et la prochaine Journée s’y emploiera, sous la direction de notre collègue Laurent Dupont, nouvel AE nommé dans l’ECF, qui peut, de son expérience même, témoigner des effets d’une telle insurrection.

Quelle est l’actualité politique pour l’IE ?

L’actualité de l’IE, c’est d’abord l’audience internationale qui est la sienne à partir des textes d’orientation que J.-A. Miller lui propose. En Espagne, en Italie, dans les pays d’Europe de la NLS, dans les Écoles de l’AMP en Amérique latine, ces textes sont travaillés, commentés, et nos collègues impliqués dans les réseaux du Champ freudien donnent un très large écho aux travaux de l’IE. C’est ici pour nous l’occasion de les remercier vivement pour ce « compagnonnage » qui crée un tissage solide et souple entre nous.

L’actualité de l’IE, c’est toujours et plus que jamais la question de l’autisme et la volonté toujours active de groupes de pression qui ont investis les sphères du pouvoir pour imposer des méthodes éducatives autoritaires et qui développent encore et toujours leurs attaques contre la psychanalyse. Ces groupes ont trouvé des oreilles attentives auprès des bureaucraties sanitaires, qui voient sans doute là l’occasion d’instaurer un modèle de prise en charge unique et standardisée dans le champ de la souffrance psychique.

La France est scrutée sur ce combat, qui ne fait que commencer.